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Cantal. BURONS ET BURONNIERS

La brume du matin se lève doucement, parcimonieuse et
nonchalante … Un jeu complice lie ses caprices aux
humeurs du vent et à la course des nuages. Durant la
nuit, seuls les tintements des cloches suspendues aux
cous des vaches laissaient à penser que la vie n’a pas
déserté la vieille estive cantalienne. Burons et
buronniers témoignent encore aujourd’hui d’une époque
que certains qualifient volontiers de révolue, tandis
que d’autres résistent pour défendre les reliquats d’un
patrimoine bâti largement dilapidé.
Etat
des lieux. Etats d’esprit. Ecoutons. Respirons.
Respectons « l’esprit des lieux »….
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TERRES D’ESTIVES
Quelques
différences entre l’Aubrac et la Haute Auvergne
Même s’il est humain et légitime de s’approprier
un savoir faire très local, une très sérieuse
étude réalisée par le C.N.R.S dans les années
soixante rapporte qu’entre le XV° et le XVIII°
siècle, les techniques fromagères des burons de
l’Aubrac auraient été empruntées à leurs
homologues situés plus au nord du département.
Durant le XIX° siècle, les buronniers de
l’Aubrac ont conservé une certaine avance liée
entre autre, au fait qu’ils complétaient le
pressage du caillé à la main par l’utilisation
d’une pierre. Mais en 1889, apparaît dans les
burons de Haute Auvergne la fameuse « cachaira »,
sorte de presse munie d’un bras auquel on
suspend un poids. Cette avancée technique arrive
sur l’Aubrac en 1906 et facilite la tâche des
buronniers !
D’autres différences subsistent dans les burons
de ces deux régions. Aux alentours du Plomb du
Cantal, la fonction de « rol », sorte d’apprenti
fromager, n’existe pas et les veaux restent
auprès de leur mère durant toute la période de
la traite. Le fromage, y est appelé « Cantal »,
ses caractéristiques : doux et un peu plus gras
que la fourme d’Aubrac présentant des
qualités gustatives marquées et fabriquée dans
les burons uniquement l’été. Les vaches de race
salers ont plus de lait que les aubracs.
La fabrication du Cantal utilise des
sceaux en aluminium pour la traite alors que sur
l’Aubrac on verse le lait dans des « farrats »,
récipients en bois, appréciés pour leurs vertus
isothermes.
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Les
hommes du buron…
Figures emblématiques de nos montagnes, les buronniers
peuvent paraître venir d’un autre temps ou d’une autre
planète et pourtant… Garants de la sauvegarde d’un riche
patrimoine culturel, leurs témoignages souvent
pathétiques, nous replongent dans toute la force de nos
racines. Qui de nous n’a pas au fond de sa mémoire cette
odeur de petit lait, le son des cloches du troupeau ou
la vue du soleil se couchant sur un buron suspendu entre
ciel et terre ?
Véritables forces de la nature, les « montanhòls »
supportaient des conditions de travail et de vie très
difficiles, ils se lavaient les pieds en marchant pieds
nus dans la Rosée du matin et se les réchauffaient dans
une bouse de vache bien fraîche…De la Saint Urbain à la
Saint Géraud il n’y avait pas de dimanche ni de jours
fériés, seul un bal de temps en temps égayait ce
quotidien fait de labeur et d’amour des bêtes !
L’équipe était composée la plupart du temps de quatre
personnes :
1-
Le cantalès : c’est le chef, le
responsable du buron, il dirige l’équipe.
2-
Le bédélier : vient de « bédel » qui
signifie veau, il s’occupe d’amener les veaux à leur
mère au moment de la traite et de nettoyer les
ustensiles servant à la fabrication du fromage.
3-
Le pastre : il assure la traite, assis sur
un tabouret à un pied, appelé « sellou » et attaché à la
taille par une ceinture. Quand le sceau est plein, il le
vide dans la gerle emmenée ensuite au buron. Il prépare
la tomme, s’occupe des vaches et des porcs.
4-
Le ròl : jeune garçon à qui l’on confie
les tâches ingrates.
Quant à la cantalèsa, ce n’est pas l’épouse du
cantalès mais ce vent froid qui souffle fort et vient du
Nord !
Il était une fois les
burons de l’Aubrac… Figurant parmi les composantes immuables des
montagnes de l’Aubrac, les burons appelés plus
volontiers « mazucs » ont, à l’instar de tout élément du
patrimoine, un passé chargé d’histoire et de traditions
comme la fabrication du fromage. Leur héros, les
buronniers ou « montanhòls » n’ont pas fait ce métier
par hasard, ils ont simplement répondu à l’appel de la
montagne. A partir de 1960, ces bâtisses légendaires
ferment leur porte les unes après les autres, le déclin
est couronné en 2002 par la fermeture administrative du
dernier « survivant ». La pénurie de personnel et les
contraintes sanitaires ont rendu cette évolution
incontournable, elle laisse cependant les anciens
perplexes et les amoureux du terroir nostalgiques de ce
qui était une sorte de petit coin de paradis !
Un peu
d’histoire
Au XIII° siècle, des cabanes en bois ou en terre
abritaient durant l’été les bergers, gardiens des
troupeaux de brebis venus du Quercy pour paître sur les
vastes étendues de l’Aubrac.
Aux alentours de 1800 les propriétaires fonciers
succèdent aux moines ayant défriché l’Aubrac jadis
entièrement boisé, on assiste alors à l’éclosion des
burons en pierre, terme dont la racine normande « bur »,
signifie habitation. On compte en 1850, pas moins de 300
burons sur l’Aubrac situé aux confins des départements
du Cantal, de l’Aveyron et de la Lozère. Ils abritent
1200 buronniers, emploient des centaines de saisonniers
et produisent 700 tonnes de fromage entre le 25 Mai et
le 13 Octobre, période d’estive. En 1960, seulement 25
tonnes de fromage sont produites, cette étape marque la
fin de l’âge d’or des burons ! Deux ou trois burons ont
franchi le cap du nouveau millénaire mais en 2002 le
dernier se voit contraint d’abandonner définitivement la
fabrication du fromage, « hygiène oblige » !

Ils
y étaient….
Joseph Boulet, au
buron du Jas de Patras et Jena Raynal, au buron du Pas
de Matthieu.
Joseph Boulet, âgé de 84 ans fait partie des hommes de
la montagne. Désormais pensionnaire à la maison de
retraite de Nasbinals, il a du mal à contenir son
émotion quand il évoque la grande époque où il « se
louait » dans les burons. D’entrée, il dit sans
hésitation « si c’était à refaire, je recommencerai
volontiers », le ton est donné !
Orphelin de père et de mère à l’âge de 13 ans, Joseph
entame alors sa carrière de buronnier à Carteyret
sur la commune de Saint Urcize, l’épopée durera 27 ans…
A l’image de bon nombre de ses collègues, il rappelle la
plus grande difficulté de l’époque : le manque de
vêtements adaptés au mauvais temps. « Nous n’avions pas
de costumes de pluie, ni de bottes ! A la moindre
averse, on était trempé comme des soupes… » raconte
Joseph. Le confort des burons était des plus sommaires,
la chambre appelée « trabe », n’était qu’un recoin sous
les toits, près du foin des veaux ! « Vous sentiez
souvent le vent vous souffler dans les oreilles » lance
l’ancien buronnier en souriant, « mais le plus
important, c’était la bonne entente dans l’équipe ! »
continue- t –il. Travailleur honnête et responsable, le
jeune homme gravit les échelons de la hiérarchie et se
retrouve Cantalès au buron du Jas de Patras
entre Aubrac et Saint Urcize, durant 14 étés. A cette
époque, chaque montagne avait son buron, il reprenait
vie tous les ans, le 25 mai. « En 1962, lorsque j’ai
arrêté, il devenait difficile de trouver du personnel.
Le responsable devait agir pour l’intérêt des patrons de
la montagne et quand il y en avait un qui traînait la
savate, le rendement n’était plus le même… » ajoute le
montanhòl. Si vous lui demandez son avis sur la
fermeture des burons pour des raisons d’hygiène, il
répond naturellement « on a toujours réussi à les tenir
propre et on faisait du fromage aussi bon qu’avec leurs
normes ! On traitait le lait sur place dans des
récipients en bois valant mieux que ceux en fer blanc,
ainsi il restait chaud ».
Des troupeaux dont il s’est occupé, Joseph en garde un
souvenir intact, de Rousette à Mignonne en
passant par Capitaine ou Rébille le nom
des vaches qu’il a préféré lui revient immédiatement.
« Quand on arrivait à la montagne, on choisissait une
vache que l’on trayait en premier : on l’appelait la
première. Elle avait souvent un veau de petite
taille, elle était franche, bonne de lait et facile à
traire » se souvient Joseph, amoureux des vaches aux
contours des yeux noirs, à la robe grise et aux longues
cornes bien ouvertes…
Parmi les bons moments, il cite les bals à Aubrac le
jeudi, c’était l’occasion de rencontres avec les
collègues.
Pour ce qui est de la nourriture, il avoue n’en avoir
jamais manqué. Au menu quotidien, de la soupe de
légumes puis des pommes de terre, du lard, du lait et
du beurre à volonté. Un peu de fromage et de temps en
temps, un pot au feu ou une poule farcie…
Ses patrons était pour lui des amis, ses collègues une
deuxième famille et la montagne, sa vie.
Joseph ne se lasse pas d’évoquer tous ces souvenirs avec
son ami Jean Raynal, âgé de 72 ans qui a commencé comme
ròl à 12 ans, avant de devenir bédélier
au buron du Pas de Matthieu près de Saint
Urcize. Issu d’une « famille de buronniers », pour lui,
la difficulté majeure consistait à surveiller les veaux
pour qu’ils ne s’échappent pas dans les bois
avoisinants…et la traite qui durait 2 longues heures !
Il se souvient aussi des violents orages dévastant le
parc de traite qu’il fallait ensuite reconstruire.
Parmi ses bons souvenirs, la Saint Jean : « On faisait
l’Aligot, les patrons apportaient un poulet, des
gâteaux et du vie et une fois l’arbre planté, on
poussait le fameux Aluc, le cri de rassemblement
des buronniers. » se rappelle Jean.
Nostalgiques certes, nos deux anciens disent être aussi
et surtout des « fanatiques ». Ils sont avant tout fiers
d’appartenir à la grande famille des Buronniers !

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Cette page a été réalisée
à partir d'extraits du N° 5 de la revue Cantal Magazine.
Documents et photos Monique Roque et Laurence Rieutort que
nous remercions
pour leur autorisation de publication sur CantalPassion. |
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