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ROGER PARAN : pionnier de la coopération
Alors qu’il a occupé les plus hautes fonctions locales, départementales et régionales du monde agricole, Roger Paran minimise toujours son rôle lorsqu’il se souvient de sa vie. Chez ce pionnier de la coopération, « nous » efface le « je » si présent dans le monde des dirigeants.
En 1939, alors que Roger termine sa troisième année au Cours Complémentaire, la guerre est déclarée. Son père, étant mobilisable, lui demande de revenir à la ferme. L’adolescent se retrouve agriculteur, aux côtés du père qui, à 43 ans, ne sera fi nalement pas appelé à la guerre. « Nous élevions une vingtaine d’Aubrac, sur 70 hectares dont 20 de pins » se souvient Roger Paran. Le travail se fait avec des boeufs, même si l’exploitation posséde une faucheuse, et même une moissonneuse lieuse qui servait aussi aux voisins. En 1972, lorsque Serge entre dans le GAEC,
les Aubrac sont remplacées par des Frisonnes. La tuberculose, en 1976, impose l’abattage de tout le troupeau. Un agriculteur de l’Aisne, rencontré au cours de missions nationales, propose une dizaine de vaches sélectionnées qui vont être la souche d’un élevage extraordinaire pour la région. En 1985, Serge décide d’élever des Limousines. En 1988, Roger prend sa retraite d’exploitant. Le mariage, la famille . En 1943, comme tous les garçons de 20 ans, Roger doit faire les Chantiers de jeunesse. Il se cache chez un parent, au Chaylat, le temps qu’on l’oublie. En 1945, il est appelé pour faire son service militaire et se retrouve à Nancy le jour de l’armistice. Il va passer une année à Constance, au QG de la 14e division, commandée par le général Salan. Ayant levé la main lorsqu’on demandait des gens sachant piloter une moto, il va sillonner cette partie de l’Allemagne occupée, la nuit, pour porter les messages aux régiments répartis sur un rayon de 100 km. « J’avais choisi d’être logé dans une famille » se souvient l’octogénaire « où j’étais traité comme un fils ». Il en arrivait à oublier le danger de ses randonnées nocturnes. Un jour, alors qu’il est allé chercher un tracteur de son oncle René Jarlier au Chaylat, le jeune homme fait la connaissance de Denise Resche, fi lle du maire de Rézentières, qui avait préparé une succulente tarte aux prunes pour la fête corvée de la batteuse. Denise part pour Charleville, dans les Ardennes, où elle vient d’être admise à l’Ecole Normale. Elle y restera deux longues années. « J’avais des amies » ditelle avec émotion « nous nous sommes vues avec l’une d’entre elles jusqu’à sa mort, l’année dernière ». Malgré tout, sa famille lui manque et elle décide de rentrer au pays en juin 1947. Le 7 septembre 1949 les jeunes gens se marient et s’installent dans la grande maison du Pirou. C’est le début d’une longue cohabitation de trois générations qui durera 25 ans. En 1951 c’est la naissance de Serge. Le jeune couple est installé dans la petite maison restaurée, au bout du jardin familial. A la naissance de Sylvie, en 1953, Denise décide de venir accoucher près de sa belle mère. « Nous nous entendions tellement bien » se souvient elle « je me sentais plus en sécurité auprès d’elle ». Elle poursuit « ce que j’ai le plus aimé dans ce métier, c’est d’avoir pu vivre en famille ». Elle sourit « mes enfants ont leur maison à côté. J’ai vu grandir mes quatre petits enfants ». Deux arrière petits enfants ajoutent encore une génération à la famille. En 1953, Roger Paran, alors âgé de 30 ans, est sollicité pour entrer au conseil municipal. Il devient adjoint au maire. Six ans plus tard il est élu maire. Il occupe cette fonction jusqu’en 1995. « Je ne voulais pas boucler les 50 années » dit il en riant « j’ai. décidé de me retirer. A 72 ans je pouvais laisser la place ». Il poursuit « j’ai vécu une vie municipale sans confl it, dans des conditions magnifi ques. Deux adjoints compétents et dévoués m’ont accompagné au cours de toutes ces années. Ils assuraient une part importante du travail pendant mes absences. Tout était à faire. La population est passée de 700 à plus de 1000 habitants ». Il évoque les souvenirs « en 1957 la vente du bois sectionnaire a permis l’achat du matériel pour l’adduction d’eau. Ce sont les hommes du village qui ont réalisé les captages à la pioche et à la pelle. L’eau coulait dans chaque maison » . Il sourit « La seule petite difficulté fut la construction de l’autoroute. J’ai obtenu une prise en charge totale du remembrement, sur toute la commune. J’ai dit à l’ingénieur : ou je vous aide pour les acquisitions des terrains et vous payez le remembrement, ou vousvous débrouillez seul ». Le maire de Saint Georges est, depuis 1971, président de la chambre d’Agriculture. Les nombreuses relations établies facilitent certaines démarches. Avant de quitter ses fonctions municipales, il met en place et préside la communauté de communes de Saint Flour. les débuts de la coopération. Dès les années 60 Roger Paran devient président du premier centre technique agricole, formé pour faire face au développement. La zone témoin créée, forte de ses onze agriculteurs, met en place une coopérative d’utilisation du matériel agricole comportant un cultipacker, un semoir, une herse, un épandeur de fumier, un épandeur d’engrais, une tonne à purin, un semoir, une herse, un pulvérisateur et une moissonneuse batteuse. Parallèlement, des réunions d’information réunissent les agricultrices. Des élevages de volailles sont mis en place avec achats groupés des poussins. Des fi lms incitent à l’aménagement moderne des intérieurs. Les premiers gîtes accueillent les touristes. La chambre d’agriculture, le CIF, la SOPA, la Coopérative laitière, la SOMIVAL, la SAFER… En 1971, le coopérateur est appelé par ses
Texte de Jean Claude Champeil extrait de son livre "Des Vies Cantaliennes"
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| Mise à jour le Mardi, 15 Décembre 2009 07:13 |




Roger Paran à 20 ans
Les 80 ans avec son épouse et leur arrière petit fils



