Voilà novembre ! Faites provision de bois pour le cantou. Si vous avez été prévoyants vous y dégusterez entre amis de délicieuses châtaignes grillées sur la braise…


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Deux générations d'agriculteurs racontent...
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La vie d'une famille d'agriculteurs de 1950 à nos jours




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Une vue des bâtiments et une partie de la famille près du puits de la ferme.



En 1963, après la traite il fallait porter les bidons
jusqu'au camion du laitier

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Aujourd'hui la traite est mécanique et le lait chemine tout seul jusqu'au tank,
mais toutn'est pas résolu pour autant

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Mr et Mme Montarnal exploitent la ferme du Parrot depuis 1952.C'était une propriété familiale sur laquelle vivait les ancêtres de Mr Montarnal depuis plus de 400 ans...
Mr Montarnal a toujours travaillé sur l'exploitation où il a remplacé son père décédé lorsqu'il avait 16 ans.

Claude, 45 ans a pris la succession de ses parents en 1989, il y a donc un peu plus de 10 ans. Il a connu des changements notables, puisqu'il a vécu à la ferme avant l'arrivée du premier tracteur .

L'exploitation

Lorsque nous avons pris l'exploitation la ferme se composait de :

  • 14 hectares dont 13 cultivables et 1 de bois

  • 8 vaches, ( des salers) 4 génisses et une paire de bœufs.

  • 5 truies mères que l'on faisait mettre bas.


  • Madame Montarnal soignait les porcelets et en engraissait un ou deux pour les vendre en décembre. Quelques veaux gras étaient destinés à un petit boucher de la commune. La ferme comptait également quelques volailles..


    Avant le tracteur, les boeufs dressés tiraient chars et tombereaux (Année 1946).

    La production de lait était essentiellement utilisée pour faire du beurre.

    On faisait le beurre que l'on partait vendre au marché d'Aurillac. L'autobus nous prenait avec les paniers le matin vers 8 heures et nous revenions vers 5 heures après avoir acheté les produits que l'on ne trouvait pas sur la ferme. Parfois on revenait avec le carretou et la jument du voisin...On produisait un peu de tout: betteraves, chouraves, topinambours.

    C'était suffisant pour faire vivre le couple plus ma mère ainsi qu'un ouvrier agricole à mi-temps. J'ai arrêté de faire du beurre en 1963, date à laquelle j'ai donné le lait à la laiterie. Les 8 vaches produisaient 2000 litres de lait chacune. Il fallait environ 10 litres de lait pour produire 1kg de fromage de cantal et 20 litres pour un kg de beurre.

L'exploitation

Aujourd'hui la ferme est d'un seul tenant. Le troupeau laitier peut aller d'un côté à l'autre sans problème. Il n'y a pas de chemin. ça compte beaucoup. ça a permis de faire des drainages, d'arracher des haies, des bois, et cela sans subvention. Avec mon troupeau de 35 laitières, des Frisonnes la production de l'exploitation a été multipliée par 7. Je produis 7000 litres par vache et par an. Nous on a des quotas, à l'époque ça n'existait pas. Ils faisaient un peu de tout, ils vendaient ce qu'ils voulaient... Des bêtes non identifiées, alors qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas. Aujourd'hui la proportion de blé et d'herbe est à peu près la même qu'à l'époque de mes parents.
Ils faisaient du maïs fourrage pour les bêtes mais en quantité moindre que maintenant. 1/2 hectare à peu près, alors que je fais 4 ou 5 hectares de maïs ensilage. On ensile l'herbe au printemps et le maïs au début de l'automne. Avec les silos il y a beaucoup plus de rendement. On gagne une coupe de foin. On fait une coupe d'herbe destinée à l'ensilage au mois de mai, une autre au mois de juin et une troisième fin août. Avant ils ne faisaient pas d'ensilage mais seulement deux coupes d'herbe: une au mois de juin et le regain au mois de septembre.

Le travail de la terre

A l'époque on faisait tout à la main: on labourait avec des boeufs ( des salers) et la charrue tournante.
Le labour au soc, c'était beaucoup plus vieux et nous ne l'avons pas connu.
On chargeait le foin à bras, on arrachait les betteraves, on les mettait en silos, on tournait le coupe-racines à la main, on faisait les rigoles, les haies, on coupait le bois au passe-partout... Tout était manuel. On avait également des vaches-mules pour tirer la charrue. C'était comme des bœufs avec l'avantage qu'on pouvait les mélanger avec les vaches quand on les trayait. -Le travail était pénible: je me souviens quand avec le domestique on faisait les rigoles; on attendait que le jour se lève pour pouvoir travailler. Et on avait soigné les bêtes avant. On faisait beaucoup plus d'heures que maintenant. Aujourd'hui ils ont les abreuvoirs et les bêtes ne sortent pas, alors que de notre temps il n'y avait pas l'eau courante. Il fallait les faire sortir pour les faire boire.
Aujourd'hui avec l'évacuateur le fumier s'en va tout seul. Il fallait le sortir à la brouette...

La fenaison:

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En 1946 le chargement du char
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Dans les années 30. CPA

Pas de changement notable.
Les chars tirés par des bœufs étaient toujours chargés à bras Il n'y avait pas les engrais d'aujourd'hui. Ils mettaient du scorie et le fumier des bêtes.
Le foin était meilleur que maintenant. Au 20 juin c'était fini.. Je coupais de bonne heure. On mettait le foin en fanières même si l'orage ne menaçait pas pour qu'il ne prenne pas la rosée. Ensuite on l'écartait. La il était plus vite sec. Il fermentait un peu...

La moisson:

Quand on moissonnait à bras il fallait attacher les gerbes puis faire de petits pignons dans les champs puis les mettre en meules, prêts à battre. On s'aidait entre voisins. Il y avait du monde dans les villages!

La batteuse: On l'a utilisée jusqu'en 1963.

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Quand la batteuse venait c'était la fête. Autour il y avait au moins 20 personnes et parfois 30! C'était la fête mais on respirait une bonne dose de poussière. Le soir on dansait et on éliminait tout. La batteuse fonctionnait le plus souvent avec une chaudière à bois ou à charbon. Nous, ici on avait des moteurs.
Le propriétaire de la machine ( il n'y en avait qu'une sur la commune) arrivait le matin de bonne heure. Il fallait 2 paires de bœufs pour la tirer, plus une paire pour tirer la lieuse et une pour la chaudière!
Une fois la chaudière en place on lançait la courroie, on mettait trois hommes sur la machine, un qui coupait le lien, un qui commençait à ouvrir la javelle et un pour la faire passer. Après, ça allait à la lieuse qui était derrière la batteuse. Je me souviens que pendant la guerre il n'y avait pas de lieuse par manque de ficelle. Il fallait attacher la paille à bras. Les gens rechignaient à le faire car c'était là qu'il y avait le plus de poussière...
Ensuite on récupérait le grain dans des sacs et les balles ( l'enveloppe) sortaient à part.
Certains prenaient les balles pour pouvoir les mélanger l'hiver avec la betterave afin de la sécher.

Matériel évolution

On a agrandi la propriété en 1963. C'est l'année ou nous avons acheté 17 hectares supplémentaires à un voisin. Et avec, nous avons acheté les bâtiments et 8 vaches supplémentaires.
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L'étable
dans les années 60.

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Montagne, premier prix salers en 1986

La transition:

nous avons acheté notre premier tracteur l'année ou nous avons agrandi la ferme en 1963. C'était un Pony à essence. 3 ans après nous avons acheté un Renault diesel. Le tracteur, a changé beaucoup de choses pour nous. On a labouré et fauché avec, et chaque année on a augmenté un peu le cheptel. C'est en 1963 que la batteuse a été remplacée par les moissonneuses batteuses.
On était dessus et quand il y avait 5 ou 6 sacs remplis on les faisait descendre ensemble. On moissonnait parfois la nuit. C'était pas rigolo! Après le tracteur, le plus grand changement ça a été la botteleuse. Je l'ai achetée en 1969; 5ans après le tracteur. Ce qui était pénible avant la botteleuse, c'était d'engranger le foin. Il fallait une paire de vaches et parfois la moitié du troupeau pour bien le tasser. On faisait ça souvent à la nuit pour avoir moins chaud. On ajoutait des couches de sel pour mieux conserver le foin. Il fermentait mieux.
Quand il fermentait trop il y avait des incendies... S'il traînait un fer de vache, c'était risqué.Je me rappelle en 1963, j'avais rentré le foin et il était pas trop sec. Ma mère se levait la nuit pour aller voir. ça faisait de ces cheminées... Les champignons y poussaient dessus! ça chauffait! Mais ce foin... il a été un peu bon.
On aurait dit du tabac!
Par contre si on le rentrait sec, il ne se tassait pas.

le travail de la femme

L'eau n'était pas à l'évier; il fallait aller la chercher au puit. Il n'y avait pas de machine à laver. Il fallait aller laver le linge dans des bacs, là où on pouvait. Il fallait élever les enfants et puis en même temps aider le mari. Le râteau, la fourche....Le soir quand on rentrait il y avait les cochons à soigner, les enfants qui arrivaient de l'école à pied. Et puis il y avait le jardin, la volaille et les repas. Il y avait des fois un employé. Un berger l'été. Il fallait assumer tout ça... Et sans confort à la maison pendant des années. On n'avait que la cheminée. On y faisait la cuisine. On avait quand-même une cuisinière à bois. Il fallait faire le bois d'avance. Il n'y avait qu'une pièce chauffée mais on n'était pas plus malades pour ça!
Le travail des femmes était beaucoup plus pénible qu'aujourd'hui.

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Claude à 16 ans conduisait déjà le tracteur. C'était en 1960.

Le tracteur

Il n'a pas supprimé le travail. On a fait les choses plus vite. Avant on prenait le temps de discuter avec les voisins. Aujourd'hui c'est bonjour, comment ça va, et pendant des mois on ne se voit pas! Chacun est fermé dans son boulot.
Ils faisaient plus d'heures que nous dehors. Nous aujourd'hui on les fait dedans. On a plus d'animaux et moins de personnes pour s'en occuper. Aujourd'hui comme avant on moissonne la nuit. Je fais encore 4 hectares de blé pour avoir du grain et pour la paille qui est chère maintenant. J'ai une stabulation paillée. Dans un champ on fait venir du blé, puis après du maïs et ensuite on regazonne. La proportion de blé et d'herbe est à peu près la même que ce qu'ils faisaient à l'époque. Ils faisaient du maïs fourrage pour les bêtes mais en moindre quantité que maintenant. 1/2 hectare à peu près, alors que j'en fais 4 ou 5 hectares. C'est du maïs que l'on ensile fin septembre. On ensile aussi de l'herbe au printemps. Avec les silos il y a beaucoup plus de rendement.
On gagne une coupe de foin. On fait une coupe que l'on ensile au mois de mai, une autre au mois de juin et une autre fin août.
Avant ils ne faisaient que deux coupes: une au mois de juin et le regain au mois de septembre.

La botteleuse

Aujourd'hui j'utilise encore la même botteleuse, mais j'en fais faire beaucoup par une entreprise qui fait des bottes de 300 à 400 kgs.

Les revenus.

A l'époque mes parents n'ont pas cotisé. C'était cher pour cotiser et il n'y avait pas d'argent.
Je suis comme un salarié. Je donne 38.5% en cotisations. J'ai emprunté plus de 1 million et demi
pour m'installer et faire tourner la ferme.
400 000 pour la maison. Vous avez pas grand chose pour ce prix, même si vous ne payez pas le terrain.
400 00 pour la stabulation et le reste pour le matériel.
Un tank avec lavage automatique ça coûte 30 000 francs. Je viens de changer une pirouette pour faner 15 jours de l'année: 30 000 francs! Il faut un andenneur, il faut une faucheuse... Et faire travailler un entrepreneur. Pour l'ensilage, par exemple je n'ai pas de matériel. L'entrepreneur a mis 4 heures pour ensiler les 4 hectares de maïs. C'est du matériel qui tourne à 1400 francs de l'heure. Faites le calcul! Il y a toujours quelque chose à changer. C'est un cercle infernal.
Une année c'est l'épandeur à fumier. Il a 15 ans, il te lâche, il faut bien le changer. Même si tu reprends du matériel d'occasion c'est toujours de l'investissement. Les pièces de rechange c'est cher. Et le mécano: 150 francs de l'heure; personne travaille à moins.
A la fin du mois, quand j'ai payé mes dettes il me reste même pas le SMIG.

Les femmes

Aujourd'hui les femmes travaillent à l'extérieur de la ferme. Elles sont obligées pour avoir un salaire et une retraite plus tard.

Les quotas

Mon père en 1983 avait 82000 litres de lait. Quand je me suis installé ils m'ont attribué100 000 litres.
Mon père faisait beaucoup de veaux qu'il montait à la montagne avec les mères . C'est pour cela qu'il faisait moins de lait. On a des prêts de quotas qui atteignent chaque année 10% de la référence sur une campagne laitière: du 1er avril au 31 mars. Déjà on nous a prêté 4% fin octobre. On va probablement nous prêter 3% fin décembre et le reste fin février. Il faudra régulariser fin mars. Cette situation est difficile à gérer car les vaches n'ouvrent pas le robinet sur demande... L'an dernier j'ai dépassé de 6 000 litres et j'ai payé les pénalités. J'aurais du ouvrir le tank .J'aurais économisé 17000 francs de pénalités. Cette année je vendrai des vaches car j'en ai marre de travailler et payer des pénalités à l'arrivée. Mais ce n'est pas la solution idéale. J'ai déjà procédé de la sorte, finalement j'ai perdu 2 ou 3 bêtes et je n'ai pas atteint mon quota. Mais bon, j'ai eu un manque à gagner mais j'ai évité les pénalités. Pour tomber à 6 000 litres près, (ce qui correspond à la production d'une dizaine de jours) c'est extrêmement difficile à prévoir. Quand on est pénalisé on paye le lait plus cher que ce qu'on nous l'achète. Et si on le donne à une oeuvre, on est imposés. Malgré cela chaque année je fais don de 1500 litres pour le téléthon. Il faut toutefois reconnaître que les quotas permettent de maintenir le prix du lait à un niveau correct et que tout n'a pas été mauvais. Dans le temps les vaches donnaient 2000 litres et maintenant elles font 7000 de moyenne. Aujourd'hui on a pour les soigner: Dans le temps tu avais 14 vaches mais tu manquais de fourrage des fois... 210743 voila mon quota. et jusqu'à ma retraite je suis condamné à produire 210000 litres

Les maladies du bétail

La seule maladie importante que nous avons connue a été la fièvre aphteuse. C'était en 1952. Je n'ai pas perdu de bêtes mais elles ne donnaient plus de lait. On n'avait d'ailleurs pas le droit de faire du beurre. Les bêtes étaient étalées avec les pieds malades. Elles ne tenaient pas debout. Certaines sont restées couchées pendant 8 jours. Il fallait leur porter à boire sur place et leur nettoyer les pieds avec de l'eau javellisée.
Pour faner on m'a prêté deux taureaux. Ils étaient vaccinés mais il a fallu les dresser au joug. J'ai pu continuer à faner.

Les maladies du bétail

Aujourd'hui il n'y a même plus de vaccins contre la fièvre aphteuse. La maladie a disparu.
C'est de la vache folle dont on parle. Il y a bien des marchands d'aliments qui ont truandé quand-même!
Ici je ne crains pas pour la vache folle. ça ne me stresse pas trop. Il y a bien eu un cas dans le Cantal à Tanavelle du côté de Saint-Flour,mais moi ici je leur donne du maïs, du foin et des céréales avec du soja que j'achète. Je fais moi-même mon mélange.

Les loisirs

On ne prenait jamais de loisirs Le dimanche quelques fois on allait à la fête ou jouer au foot par là, mais c'est tout. Il fallait bien traire les vaches. Il n'était pas question de partir 2 jours!

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Aujourd'hui, les porcs, et les canards sont toujours présents à la ferme.
C'est Madame Montarnal qui les soigne pour la consommation personnelle

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Elle a également à cœur de bien fleurir le puits proche de l'habitation.

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Tandis que Monsieur Montarnal, toujours amoureux des bêtes pense avec nostalie à ses braves salers



Les loisirs

Il y a 3 ans je suis parti une semaine en Espagne. J'avais gagné un voyage. J'ai pris un vacher pour me remplacer. Aujourd'hui on peut partir si on veut. La vie n'est pas la même qu'avant. Il y a plus de confort.

La qualité de la vie

C'est mieux qu'avant, mais la qualité de vie n'est peut-être pas meilleure parce qu'aujourd'hui on est stressés. On est bousculés sans cesse.
Il y a beaucoup d'agriculteurs qui ont le portable sur eux. A l'avenir je l'aurai certainement aussi. Le jour ou je n'ai plus mes parents, qui va répondre au téléphone? Ma femme travaille à l'extérieur, je suis au milieu des champs. On a besoin d'un vétérinaire, d'un inséminateur, le voisin vous appelle pour ensiler à telle heure, l'entrepreneur arrive... Et si je me fais mal dans les terres, au milieu des bois...

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