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Le travail de la terre
A l'époque on faisait tout à la main: on labourait avec des boeufs (
des salers) et la charrue tournante.
Le labour au soc, c'était beaucoup plus vieux et nous ne l'avons pas
connu.
On chargeait le foin à bras, on arrachait les betteraves, on les mettait
en silos, on tournait le coupe-racines à la main, on faisait les rigoles,
les haies, on coupait le bois au passe-partout... Tout était manuel.
On avait également des vaches-mules pour tirer la charrue. C'était
comme des bœufs avec l'avantage qu'on pouvait les mélanger avec les
vaches quand on les trayait.
-Le travail était pénible: je me souviens quand avec le
domestique on faisait les rigoles; on attendait que le jour se lève pour
pouvoir travailler. Et on avait soigné les bêtes avant.
On faisait beaucoup plus d'heures que maintenant. Aujourd'hui ils ont
les abreuvoirs et les bêtes ne sortent pas, alors que de notre temps il
n'y avait pas l'eau courante. Il fallait les faire sortir pour les faire
boire.
Aujourd'hui avec l'évacuateur le fumier s'en va tout seul. Il fallait
le sortir à la brouette...
La fenaison:
Pas de changement notable.
Les chars tirés par des bœufs étaient toujours chargés à bras
Il n'y avait pas les engrais d'aujourd'hui. Ils mettaient du scorie et
le fumier des bêtes.
Le foin était meilleur que maintenant. Au 20 juin c'était fini.. Je coupais de bonne heure. On mettait le foin en fanières même si
l'orage ne menaçait pas pour qu'il ne prenne pas la rosée. Ensuite on
l'écartait. La il était plus vite sec. Il fermentait un peu...
La moisson:
Quand on moissonnait à bras il fallait attacher les gerbes puis faire de petits
pignons dans les champs puis les mettre en meules, prêts à battre.
On s'aidait entre voisins. Il y avait du monde dans les villages!
La batteuse: On l'a utilisée jusqu'en 1963.

Quand la batteuse venait c'était la fête. Autour il y avait au moins 20 personnes et
parfois 30! C'était la fête mais on respirait une bonne dose de poussière. Le soir
on dansait et on éliminait tout. La batteuse fonctionnait le plus souvent avec une chaudière à bois ou à
charbon. Nous, ici on avait des moteurs.
Le propriétaire de la machine ( il n'y en avait qu'une sur la commune)
arrivait le matin de bonne heure. Il fallait 2 paires de bœufs pour la
tirer, plus une paire pour tirer la lieuse et une pour la chaudière!
Une fois la chaudière en place on lançait la courroie, on mettait trois
hommes sur la machine, un qui coupait le lien, un qui commençait à
ouvrir la javelle et un pour la faire passer. Après, ça allait à la
lieuse qui était derrière la batteuse. Je me souviens que pendant la
guerre il n'y avait pas de lieuse par manque de ficelle. Il fallait
attacher la paille à bras. Les gens rechignaient à le faire car c'était là qu'il y avait le plus de poussière...
Ensuite on récupérait le grain dans des sacs et les balles (
l'enveloppe) sortaient à part.
Certains prenaient les balles pour pouvoir les mélanger l'hiver avec la
betterave afin de la sécher.
Matériel évolution
On a agrandi la propriété en 1963. C'est l'année ou nous avons
acheté 17 hectares supplémentaires à un voisin. Et avec, nous avons
acheté les bâtiments et 8 vaches supplémentaires.

L'étable
dans les années 60.
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Montagne, premier prix salers en 1986
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La transition:
nous avons acheté notre premier tracteur l'année ou nous avons agrandi la ferme en 1963. C'était un Pony à
essence. 3 ans après nous avons acheté un Renault diesel. Le tracteur,
a changé beaucoup de choses pour nous. On a labouré et fauché avec,
et chaque année on a augmenté un peu le cheptel.
C'est en 1963 que la batteuse a été remplacée par les
moissonneuses batteuses.
On était dessus et quand il y avait 5 ou 6 sacs remplis on les faisait
descendre ensemble. On moissonnait parfois la nuit. C'était pas rigolo!
Après le tracteur, le plus grand changement ça a été la botteleuse.
Je l'ai achetée en 1969; 5ans après le tracteur.
Ce qui était pénible avant la botteleuse, c'était d'engranger le
foin. Il fallait une paire de vaches et parfois la moitié du troupeau
pour bien le tasser. On faisait ça souvent à la nuit pour avoir moins
chaud. On ajoutait des couches de sel pour mieux conserver le foin. Il
fermentait mieux.
Quand il fermentait trop il y avait des incendies... S'il traînait un
fer de vache, c'était risqué.Je me rappelle en 1963, j'avais rentré le foin et il était pas trop sec.
Ma mère se levait la nuit pour aller voir. ça faisait de ces
cheminées... Les
champignons y poussaient dessus! ça chauffait! Mais ce foin... il a été
un peu bon.
On aurait dit du tabac!
Par contre si on le rentrait sec, il ne se tassait pas.
le travail de la femme
L'eau n'était pas à l'évier; il fallait aller la chercher au puit.
Il n'y avait pas de machine à laver. Il fallait aller laver le linge dans
des bacs, là où on pouvait. Il fallait élever les enfants et puis en
même temps aider le mari. Le râteau, la fourche....Le soir quand on
rentrait il y avait les cochons à soigner, les enfants qui arrivaient de
l'école à pied. Et puis il y avait le jardin, la volaille
et les repas. Il y avait des fois un employé. Un berger l'été. Il
fallait assumer tout ça... Et sans confort à la maison pendant des
années. On n'avait que la cheminée. On y faisait la cuisine. On avait quand-même une cuisinière à bois. Il fallait faire le bois d'avance. Il
n'y avait qu'une pièce chauffée mais on n'était pas plus malades pour
ça!
Le travail des femmes était beaucoup plus pénible qu'aujourd'hui.
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Claude à 16 ans conduisait déjà le tracteur. C'était en 1960.
Le tracteur
Il n'a pas supprimé le travail. On a fait les
choses plus vite. Avant on prenait le temps de discuter avec les voisins.
Aujourd'hui
c'est bonjour, comment ça va, et pendant des mois on ne se voit pas!
Chacun est fermé dans son boulot.
Ils faisaient plus d'heures que nous dehors. Nous aujourd'hui on les
fait dedans. On a plus d'animaux et moins de personnes pour s'en occuper.
Aujourd'hui comme avant on moissonne la nuit. Je fais encore 4 hectares de blé pour avoir du grain et pour la paille
qui est chère maintenant. J'ai une stabulation paillée. Dans un champ on fait venir du blé, puis après du
maïs et ensuite on
regazonne.
La proportion de blé et d'herbe est à peu près la même
que ce qu'ils faisaient à l'époque. Ils faisaient du maïs fourrage pour les bêtes mais en moindre quantité
que maintenant. 1/2 hectare à peu près, alors que j'en fais 4 ou 5
hectares. C'est du maïs que l'on ensile fin septembre. On ensile aussi de l'herbe
au printemps. Avec les silos il y a beaucoup plus de rendement.
On gagne une coupe de foin. On fait une coupe que l'on ensile au mois de mai, une autre au mois de
juin et une autre fin août.
Avant ils ne faisaient que deux coupes: une au mois de juin et le regain
au mois de septembre.
La botteleuse
Aujourd'hui j'utilise encore la même botteleuse, mais j'en fais faire
beaucoup par une entreprise qui fait des bottes de 300 à 400 kgs.
Les revenus.
A l'époque mes parents n'ont pas cotisé. C'était cher pour
cotiser et il n'y avait pas d'argent.
Je suis comme un salarié. Je donne 38.5% en cotisations.
J'ai emprunté plus de 1 million et demi
pour m'installer et faire tourner la ferme.
400 000 pour la maison. Vous avez pas grand chose pour ce prix, même si
vous ne payez pas le terrain.
400 00 pour la stabulation et le reste pour le matériel.
Un tank avec lavage automatique ça coûte 30 000 francs. Je viens de
changer une pirouette pour faner 15 jours de l'année: 30 000 francs! Il
faut un andenneur, il faut une faucheuse... Et faire travailler un
entrepreneur.
Pour l'ensilage, par exemple je n'ai pas de matériel. L'entrepreneur
a mis 4 heures pour ensiler les 4 hectares de maïs. C'est du matériel
qui tourne à 1400 francs de l'heure. Faites le calcul!
Il y a toujours quelque chose à changer. C'est un cercle infernal.
Une année c'est l'épandeur à fumier. Il a 15 ans, il te lâche, il
faut bien le changer. Même si tu reprends du matériel d'occasion c'est
toujours de l'investissement. Les pièces de rechange c'est cher. Et le
mécano: 150 francs de l'heure; personne travaille à moins.
A la fin du mois, quand j'ai payé mes dettes il me reste même pas le
SMIG.
Les femmes
Aujourd'hui les femmes travaillent à l'extérieur de la ferme. Elles
sont obligées pour avoir un salaire et une retraite plus tard.
Les quotas
Mon père en 1983 avait 82000 litres de lait. Quand je me suis installé ils
m'ont attribué100 000 litres.
Mon père faisait beaucoup de veaux qu'il montait à la montagne avec
les mères . C'est pour cela qu'il faisait moins de lait.
On a des prêts de quotas qui atteignent chaque année 10% de la référence
sur une campagne laitière: du 1er avril au 31 mars. Déjà on nous a prêté 4%
fin octobre. On va probablement nous prêter 3% fin décembre et le reste
fin février. Il faudra régulariser fin mars. Cette situation est difficile à
gérer car les vaches n'ouvrent pas le robinet sur demande... L'an dernier j'ai dépassé de 6 000 litres
et j'ai payé les pénalités. J'aurais du ouvrir le tank .J'aurais
économisé 17000 francs de pénalités.
Cette année je vendrai des vaches car j'en ai marre de
travailler et payer des pénalités à l'arrivée. Mais ce n'est
pas la solution idéale. J'ai déjà procédé de la sorte, finalement j'ai perdu 2 ou 3 bêtes et je n'ai pas atteint mon quota. Mais bon,
j'ai eu un manque à gagner mais j'ai évité les pénalités.
Pour tomber à 6 000 litres près, (ce qui correspond à la
production d'une dizaine de jours) c'est extrêmement difficile à
prévoir. Quand on est pénalisé
on paye le lait plus cher que ce qu'on nous l'achète. Et si on le donne à
une oeuvre, on est imposés. Malgré cela chaque année je fais don de 1500 litres pour le
téléthon.
Il faut toutefois reconnaître que les quotas permettent de maintenir
le prix du lait à un niveau correct et que tout n'a
pas été mauvais.
Dans le temps les vaches donnaient 2000 litres et maintenant elles font 7000
de moyenne.
Aujourd'hui on a pour les soigner: Dans le temps tu avais 14 vaches mais tu
manquais de fourrage des fois...
210743 voila mon quota. et jusqu'à ma retraite je suis condamné à produire
210000 litres
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| Les loisirs On ne prenait jamais de loisirs Le dimanche quelques fois on allait à
la fête ou jouer au foot par là, mais c'est tout. Il fallait bien
traire les vaches. Il n'était pas question de partir 2 jours!
Aujourd'hui, les porcs, et les canards sont
toujours présents à la ferme.
C'est Madame Montarnal qui les soigne pour la consommation
personnelle

Elle a également à cœur de bien fleurir le puits proche
de l'habitation.
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Tandis que Monsieur Montarnal, toujours amoureux
des bêtes pense avec nostalie à ses braves salers
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Les loisirs Il y a 3 ans je suis parti une semaine en Espagne. J'avais gagné un
voyage. J'ai pris un vacher pour me remplacer. Aujourd'hui on peut partir
si on veut. La vie n'est pas la même qu'avant. Il y a plus de confort.
La qualité de la vie
C'est mieux qu'avant, mais la qualité de vie n'est peut-être pas
meilleure parce qu'aujourd'hui on est stressés. On est bousculés sans
cesse.
Il y a beaucoup d'agriculteurs qui ont le portable sur eux. A l'avenir je
l'aurai certainement aussi. Le jour ou je n'ai plus mes parents, qui va
répondre au téléphone? Ma femme travaille à l'extérieur, je suis au milieu des champs.
On a besoin d'un vétérinaire, d'un inséminateur, le voisin vous
appelle pour ensiler à telle heure, l'entrepreneur arrive... Et si je me
fais mal dans les terres, au milieu des bois... |