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Non, en cent ans le Cantal n'a pas changé
: il
s'est métamorphosé
! Le temps,
me direz vous, n'a pas aplani
les montagnes, ni
transformé la rudesse de son climat
en douceur
méditerranéenne. Certes. Mais à observer
de plus près le
quotidien de nos aïeux, nous avons
effleuré du bout de
la plume les exigences de leur
époque. Fermons les
yeux un instant pour imaginer un village, mieux,
toute une vallée, englobée dans le noir
absolu d'une nuit
d'hiver. L'arrivée de l'électricité a dû
être vécue comme un
miracle. Dans le même temps, le
pays se désenclave
par la voie ferrée et des chemins
vicinaux peu à peu
transformés en routes. Retournerions nous au lavoir,
aurions nous envie d'élever des
familles de dix
enfants sans chauffage à la maison, sans
aucune commodité
ménagère, de travailler la terre,
privé de toute
mécanisation ?
On comprend mieux leur légendaire résistance physique et
morale. Elle était condition de survie.
De ce pays, dont Legrand 'Aussy disait dans son
célèbre « Voyage dans la ci-devant basse et haute
Auvergne » qu'il n'y ait eu
« la crainte de
l'esclavage
et
l'insatiable besoin de liberté, qui primitivement ait
pu conduire les hommes dans une contrée pareille
»,
nous avons voulu faire resurgir pour vous, amis
lecteurs,
des visages sortis de la brume du temps. Leur quête fut
passionnante
:
témoignages oraux de
petits-enfants ou d'arrières-petits-enfants,
recherches bibliographiques
aussi denses que
variées... Le résultat se veut modeste.
Il a pour but une
immersion le temps d'une lecture,
dans un Cantal
situé à des années-lumière de celui que
nous vivons
aujourd'hui. Retirons des richesses de cette
mémoire collective
et réalisons que chacun et chacune
de nous apporte à sa mesure et en son temps, une petite
pierre à l'édifice. Bien sûr, de nombreux problèmes
subsistent
:
qui nierait
l'enclavement du département
quand, en 2005, il
est plus facile d'aller à Paris en
partant de Clermont
plutôt que de Cheylade ?
Qu'il est
honteux de devoir se
battre pour sauver les services
publics en milieu
rural, qu'il est regrettable que la
téléphonie mobile
soit inaccessible aux territoires qui
en ont le plus
besoin, que le problème de l'emploi
condamne à la
migration des jeunes qui resteraient bien
au pays...
Mais
que ferions nous de nos vies dans des vies sans
« problèmes »
? La vocation
primitive de l'homme est
d'avancer, de bâtir,
de transmettre... pétri de « bon vouloir », fier
de son courage, porté par l'énergie de
l'espoir.
Ce regard tourné tout à la fois sur le passé et
l'avenir, a
fait ressurgir dans mon coeur une lecture de mon
enfance, au pays de Gaspard des Montagnes cher à
Henri Pourrat
:
« C'est la bise,
il
fera clair demain. Nous
avons
assez
bien senti l'odeur de la fougère et ce qu'est
l'amitié pour savoir que le
temps
devrait tourner au
beau.
Et que le matin devrait être un de ces matins
d'espoir où, de la petite chambre de chaux et de sapin,
en s'éveillant face à la montagne, on reprend pour
soi le vieux dire mystérieux des paysans
: ' Au jour
d'aujourd'hui, mille ans qui commencent... '
»
Carpe diem, amis lecteurs. Le temps compte parmi nos
biens les plus précieux.
Merci aussi pour votre fidélité.
Monique Roque
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