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Cousinade rigal Albepierre. 3/3
17 juin 2006
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« Notions sur l’originalité d’Albepierre »

Transcription de l’exposé oral de Michel ROUCHE à la cousinade RIGAL Albepierre, samedi 17 juin 2006 (1)

En ce qui me concerne, je suis donc un Rigal par ma mère, Marthe Rigal ; mon grand-père que je n’ai jamais connu, mort en 1931 s’appelait Edouard Rigal, il faisait partie des onze Rigal Brajagou de la branche rouge que vous avez sur votre généalogie. Voilà mon origine !

Je vais essayer de vous donner quelques notions sur l’originalité d’Albepierre. Les premiers habitats qui ont eu lieu dans la région sont de l’époque néolithique et de l’époque gauloise, ce qui vous explique que Bredons ait été d’abord le lieu d’occupation humaine le plus important ainsi que le rocher de Bonnevie, Chastel etc, etc. Au fur et à mesure que l’Empire Romain s’est développé, la paix est devenue de plus en plus importante, puis des villages se sont crées en dehors ; c’est le cas d’Albepierre. Albepierre-Bredons a du apparaître vers 100-200 ap. JC et ça signifie, comme vous le savez, pierre blanche à cause d’une couche de cendres volcaniques que l’on voit du côté du Bac et qui est non seulement gris blanc mais presque blanc.

Ce village a commencé à se développer à partir des années 100-200, mais en même temps que Bredons. Et lorsqu’une église a été crée à Bredons, elle a été dédicacée à saint Timothée dont on a parlé tout à l’heure à la messe et ceci vous explique pourquoi le patronage de Bredons, St Timothée qui est ensuite devenu Saint Pierre, est en même temps celui d’Albepierre, étant donné que Bredons et Albepierre ont toujours été unis et que normalement la communauté est dirigée depuis le Prieuré de Bredons. Ce village voit un développement supplémentaire apparaître à l’époque mérovingienne et c’est probablement à cette époque que les bois ont été plus ou moins déclarés propriété royale, donc intouchables et les prairies d’estive exploitées en commun par les éleveurs d’Albepierre. Cela vous explique que, comme on est à l’époque mérovingienne, un mot comme buron  par exemple est un mot germanique, « bur » ça signifie : une cabane et les premiers burons étaient des cabanes enfoncées dans le rocher et si les Rigal sont apparus à cette époque là , c’est très certainement pour la raison suivante qu’il y avait des habitants du village qui étaient chargés de verser les redevances d’exploitation des estives au propriétaire de l’estive qui était le Prieur de Bredons lequel représentait en même temps l’Etat et le Royaume. Alors Rig Aldus, veut dire le serviteur du Roi en vieil haut allemand parce que c’était la mode  de la langue germanique à cette époque là. Voilà l’origine du mot  et il est évident que ces familles qui s’appelaient Rigal se sont multipliées. Première raison ce sont des communautés complètement repliées sur elles-mêmes et l’on se mariait ensemble, sans arrêt, mariages entre cousins germains, au 4° degré, au 3° degré etc. etc. Les mêmes noms se sont multipliés aussi bien en passant par les hommes que par les femmes et lorsque on commence à avoir des renseignements sur le fonctionnement de la communauté d’Albepierre, ce sont des renseignements qui nous arrivent à l’époque mérovingienne. A l’époque carolingienne, il y a quatre unités fiscales pour Albepierre qu’on appelle des manses, quatre manses, à savoir le Bourg, la Rouphieu, la Bargeade et la Molède. La Bargeade, c’est vorago : le tourbillon ; il y a une rivière où il y a un tourbillon. La Molède c’est molindinum, le moulin qui est absolument fondamental pour écraser le blé et fabriquer le pain.

Cette organisation de la communauté  est de plus en plus dominée par un petit seigneur qui a dû créer un château à l’emplacement de l’église. Ce seigneur avait des droits militaires sur les habitants d’Albepierre, le droit de les convoquer à l’armée en cas de guerre ou de leur demander de creuser les fossés du château. L’ensemble autour de l’abside de l’église actuelle forme un cercle d’un diamètre d’environ dix mètres. Ce devait être un tout petit, tout petit château ; mais  le territoire s’étendait non seulement sur Bredons mais sur Chambeuil, Laveissière et jusqu’à Valuéjols. C’était un territoire absolument immense et qui était immense parce qu’il fallait avoir des terres très importantes au point de vue surface pour nourrir le bétail étant donné que la ressource essentielle a été l’élevage des moutons et l’élevage des bovins.

A partir des XI°, XII° siècles, lorsque le Prieuré de Bredons commence à sérieusement s’organiser, il y a un seigneur ecclésiastique à Bredons qui a des responsabilités religieuses sur Albepierre qui en dépend, ainsi que le Vallagnon etc. Cela veut dire que nos ancêtres, allaient le dimanche à la messe en remontant le Bac jusqu’à Bredons. En même temps les femmes portaient sur la tête des tourtières remplies de pain qui avait été pétri la veille dans la maison  et qu’on allait faire cuire au four ; le four banal qui était le four de Bredons et on payait la redevance au seigneur de Bredons. Donc voilà la pratique qui nous paraît encore à nous aujourd’hui aberrante. Tous les dimanches les gens d’Albepierre montaient à Bredons et redescendaient ensuite. Nous avons pour la première fois la preuve de l’organisation de cette communauté. Les gens d’Albepierre commencent à s’organiser ensemble et si ils ont à payer la dîme au Prieur ou bien la redevance sur le four banal, ils s’organisent.

En 1292, ils obtiennent une charte. La charte de 1292 leur est accordée et confirmée par le vicomte de Murat : Guillaume III, charte renouvelée en 1394, mise en français au XVI° siècle et utilisée sans arrêt par les habitants d’Albepierre  jusqu’en 1830-1840 à cause des privilèges accordés aux habitants d’Albepierre. En particulier, ils avaient un privilège extraordinaire ; lorsqu’il pleuvait averse, les troupeaux des gens d’Albepierre avaient le droit de descendre pendant quatre jours dans les bois du Roi et de brouter les petites plantes et les arbres qui poussaient dans les forêts du Roi, ce qui était quelque chose d’absolument exceptionnel comme privilège. Ils ont défendu ces privilèges mordicus, bien que çe soit une cause de destruction des bois. Mais encore plus important, ces habitants ont le droit d’élire quatre procureurs et par conséquent ils fonctionnent comme une démocratie  locale paroissiale. Ces quatre procureurs ont la qualité de représentants juridiques auprès des autorités religieuses et des autorités civiles et ce sont eux qui discutent avec les pouvoirs locaux, de l’organisation de l’impôt, de la construction des routes etc, etc.

Le nombre des feux d’Albepierre à cette époque là, en 1292, nous est donné par la charte elle-même : il y a 65 feux, c'est-à-dire 65 maisons donc à peu près autant  que celles du bourg aujourd’hui qui sont ouvertes en hiver, 65 maisons dans lesquelles il y avait probablement entre 3 et 8 habitants en moyenne étant donné que la population avait besoin d’un fort personnel domestique et donc il n’y avait pas que le couple avec les grands-parents et les enfants. Il y avait aussi tous les serviteurs, les valets de ferme etc, etc. qui étaient comptés dans ce feu. Or sur les 65 feux, il y en avait quarante qui s’appelaient Rigal, c’est vous dire que les familles se sont mariées entre elles. Les ethnologues appellent cela des mariages endogamiques ; certains mêmes sont à la limite de l’inceste et c’est une caractéristique générale de la région jusqu’en 1920-1930. Etant donné que les Auvergnats ne quittent pour ainsi dire pas leur pays, le département du Cantal est un des départements où le taux de consanguinité est le plus fort de toute la France avec la Corse. On a affaire à des communautés très fermées et qui ne commencent à s’ouvrir sur l’extérieur qu’à partir du XVII°, XVIII° siècle, lorsqu’il y a des arrapiroux qui vont en Espagne, vendre des mulets aux Espagnols ou bien, à partir de 1850-1860 montent à Paris. Il y a  deux types d’émigration des gens d’Albepierre. Aujourd’hui encore vous trouverez des gens d’Albepierre boulangers à Madrid  mais d’autres sont en grande partie déplacés à Paris. Cette communauté de paysans, à partir de 1292 est la plupart du temps en bisbille avec toutes les autorités et les gens d’Albepierre, les Rigal en particulier, ont une réputation de procéduriers absolument infernaux ; ils sont constamment en train de faire des procès pour des tas de choses, des procès qui durent sans arrêt. Les textes des procès ont été conservés et on sait pourquoi ils se disputaient entre eux et avec les pouvoirs locaux. En 1598, les habitants tiennent par le biais du seigneur la montagne du Joignol ; ils la tiennent en commun et par conséquent ils doivent payer les redevances d’exploitation de la montagne au seigneur local c'est-à-dire le Prieur de Bredons et donc en même temps au Roi et ils ont le droit d’y maintenir leurs burons sans faire de déplacement des troupeaux en dehors de la communauté. Autrement dit, les arrapiroux doivent uniquement faire transhumer leurs bêtes, du village dans les estives et des estives vers le village, c'est-à-dire comme vous le savez, j’espère du moins, du  29 mai jusqu’au 29 septembre.

A partir de cette même époque, apparaissent des querelles avec les gens de Murat d’autant plus que le château d’Albepierre a été rasé au début du XV° siècle lors de la révolte des Tuchins. La chapelle de l’ancien château reste au cœur de l’église paroissiale ; le château est alors déplacé à l’endroit où il se trouve actuellement et vous remarquerez que c’est un château du début du XVI° siècle avec une tour comportant des ébrasements pour les mousquets et les armes à feu. Là se tenait  le seigneur d’Albepierre qui était un Cabane de Comblat, un tout petit seigneur qui avait très peu de terres et qui labourait lui-même ses cinq arpents de terre car s’il en labourait six, il perdait sa noblesse.

Les gens d’Albepierre commencent à la suite du Concile de Trente à réclamer l’existence d’une paroisse. On en a assez de grimper sans arrêt, tous les dimanches à Bredons et à partir de 1666, les deux consuls (il n’y en a plus que deux au lieu de quatre) demandent une paroisse à l’évêque de Saint- Flour et la supplique de 1666 nous prouve que déjà le village a considérablement augmenté. J’ai bien dit le village, je n’ai pas dit Bredons, j’ai dit Albepierre. Albepierre a en 1666 : 788 habitants. Donc c’est un village qui grossit considérablement et on comprend ce qui devait se produire quand les villageois devaient monter par le Bac jusqu’à Bredons. Sur l’insistance de l’évêque qui l’impose au Prieur de Bredons qui ne voulait pas céder, la création d’une paroisse a lieu avec un vicaire qui est nommé avec 60 livres de revenus, ce n’est même pas la portion congrue c'est-à-dire que le malheureux devait crever de faim, les droits curiaux c'est-à-dire le baptême et la fête de Pâques étant maintenus à Bredons. Quand à Albepierre on avait des enfants à baptiser il fallait continuer à grimper à Bredons, même chose en ce qui concerne la fête de Pâques. Ce qui fait une heure et demie de marche, je vous le rappelle quand même.

En même temps on aperçoit au XVIII° siècle des procès avec les agents du Roi à propos des bois ; les bois appartenant au Roi, personne n’a le droit d’enlever des arbres. Il y a deux ou trois Rigal qui se sont vus mettre en prison à Riom par l’intendant d’Auvergne, parce qu’on était arrivé à prouver  que l’un d’entre eux avait traîné une bille de bois depuis les bois du Roi jusque chez lui. On avait retrouvé la trace, il n’était pas malin ! Cela faisait partie des conflits continuels avec les agents du Roi.

La lecture des textes procéduriers de cette époque révèlent que les magistrats se plaignent. La communauté d’Albepierre n’en fait qu’à sa tête, élit ses marguilliers à sa guise (les marguilliers étaient ceux qui étaient responsables de l’administration de l’église, de la construction de l’église) car toute la nef de l’église a été construite avec l’argent des gens d’Albepierre. Et les marguilliers très souvent n’agréent pas le Prieur de Bredons qui trouvait que c’était des gens impossibles qui payaient toujours en retard et en 1714, il y a eu vente d’une fondation de Jeanne Soubrier (une fondation, c’était une somme d’argent dont on tirait des revenus annuels pour l’entretien de l’église) à un dénommé Jean Rigal. Je n’ai pas encore trouvé le lien avec Antoine, je ne sais pas ce qu’en pense Jean-Louis Philippart. Alors les magistrats disent qu’ils refusent de payer les suppléments pour la portion congrue du curé qui était l’équivalent du « smic », c'est-à-dire que le malheureux curé n’avait même pas le « smic » et cependant à la Révolution le village se trouve très content de voir vendre les biens immobiliers du Prieuré, de voir supprimer la dîme et de voir supprimer le four banal, ce qui vous explique que vous avez la date de 1796 gravée sur le four d’Albepierre .Cela a été un privilège extraordinaire qu’on avait arraché à Bredons et à partir de ce moment là, les gens d’Albepierre vont faire cuire leur pain au four d ‘Albepierre et en même temps ils sont très contents de profiter de la Révolution, tout en soutenant leur prêtre qui refuse de prêter serment à la constitution civile du clergé. Le 20 avril 1793, Louis de Cabanes-Comblat qui est le frère du seigneur du village, vicaire d’Albepierre, a refusé de prêter serment. Il est emprisonné à Aurillac. Les habitants d’Albepierre sont visiblement tous royalistes et catholiques. N’oubliez pas que Jeanne Hurgon qui vivait à Auzolles a essayé de faire un complot pour libérer la reine Marie-Antoinette qui était en prison. Elle a été dénoncée et elle a été guillotinée en place de la Justice à Aurillac avec son fils âgé de quatorze ans.

Telle est la commune de Bredons /Albepierre au XIX ° siècle.

Nous sommes dans un pays qui est royaliste et conservateur jusqu’en 1880 en gros. On commence à voter radical-socialiste à partir de1880-90 mais lors du Second Empire, nous  assistons à l’apogée démographique du village d’Albepierre. L’annuaire des Postes à la date de 1860 pour le village d’Albepierre proprement dit donne 866 habitants, ce qui est énorme, absolument énorme ;  il y avait même une auberge, un grand hôtel à Albepierre avant les trois hôtels actuels.

Avec le chemin de fer qui arrive en 1855, la population d’Albepierre va petit à petit évoluer vers l’émigration. C’est à partir de ce moment là que les gens d’Albepierre sortent du village et que par conséquent le carcan endogamique qui avait régné jusqu’ici commence à se desserrer, ce qui explique qu’à partir de ce moment là,  le nombre des Rigal diminue et il continue à diminuer d’autant plus qu’avec la guerre de 1914-18, je vous le signale, regardez bien le monument aux morts, il y a trente six arrapiroux  qui ont été tués dont quatre Rigal, ce qui est absolument énorme,  un tiers de la main d’œuvre masculine, un tiers des travailleurs de la terre a disparu avec la première guerre mondiale.

Donc lorsque Albepierre commence à se disperser, à partir  des années 1920-1930, nous avons affaire   à un village qui s’ouvre à tous les vents de la civilisation industrielle. Les Rigal se sont dispersés mais ils sont toujours là, le maintien de ces Rigal, vous pouvez encore le voir sur le clocher de l’église paroissiale d’Albepierre. Vous regarderez la date du clocher et vous verrez sur le  clocher : « Rigal F. maire 1914 ».

Par conséquent, nous sommes dans un village qui est très marqué par la présence de ces Rigal. Il y avait d’autres familles qui existaient dans la charte de 1292, par exemple les Maury (le dernier habitait ici dans la maison en face) mais ils ont disparu alors que c’était une famille qui existait depuis 1292. De même certaines autres familles comme la famille Pons ont complètement disparu d’Albepierre alors qu’elle était alliée aux Rigal et c’était elle qui était propriétaire de la montagne du Plomb du Cantal  qui a été vendue en 1943. Nous sommes en pleine phase de mutation, il reste une seule chose sûre, Albepierre est un pays dont tout le monde se souvient.           

 

                                                                                                            Michel Rouche

 

(1) Transcription par Jean-louis Philippart, avec l’accord de Michel Rouche.

 

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