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Eté 1944. Les allemands font irruption à Albepierre.(2/9)
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Les allemands investissent l'hôtel Magnes à Albepierre (août 44)

2 : Maquis connais pas !

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Dans un silence lourd d’émotion, les adultes blêmirent, échangeant entre eux un regard rempli de consternation. Sans mot dire, grand-père se leva prestement et se déroba par l'escalier de bois qui conduisait à l'étage, et depuis lequel on pouvait rejoindre l'extérieur, du coté de la remise. La grand-mère demanda aux deux enfants d'être bien sages quoi qu'il advienne.

– Vous ne savez absolument rien sur la guerre ni sur les maquisards ; absolument rien.

– Oui on sait, Papou nous l'a déjà dit murmura Babou.

Simone fila avec sa petite Zabeth chez les Seccaud, et Marcelle débarrassa la table en vitesse.

– On ne sait pas ce qui peut se passer, tu ne vois pas qu'ils débarquent chez nous… dit grand-mère, le visage inquiet.

– Ne parle pas de malheur !

– Et ces foutus tonneaux, ils sont bien fermés ? Marcelle descend vite à la cave ; il ne faudrait pas qu’ils en aient laissé un ouvert… J'ai toujours pensé que c'était dangereux de cacher quelque chose ici dit la grand-mère, les nerfs à fleur de peau. Allez fais vite, je m'occupe de la table.

Marcelle était déjà dans la cave, et un coup d'œil rapide lui permit de s'assurer que les tonneaux à double-fond dans lesquels étaient entreposés des munitions et l'argent qu’y cachaient les maquisards étaient bien fermés. Elle eut à peine le temps de refermer la trappe que déjà,dans un grondement assourdissant, soulevant derrière elle un épais nuage de poussière, les voitures allemandes faisaient irruption dans les rues du village, tandis que des officiers s'introduisaient sans ménagement dans la cuisine de l'hôtel.

– Monsieur Magnes jean, nous voulons voir le chef ! L'officier s'exprimait en hachant les mots, mais il n'y avait aucun doute : c'était bien le grand-père qui l'intéressait.

– C'est mon mari, il est parti aux champs, que lui voulez-vous ?

La grand-mère s'était appliquée à prononcer ces mots d'un ton neutre et apaisant. Elle tentait de cacher le cruel émoi qui, subitement, venait de s'emparer d'elle.

Après un court instant d'hésitation, l'officier allemand martela d'une voix saccadée dont la vigueur ne laissait aucun doute quant à la détermination de celui qui parlait :

– Nous voulons interroger Monsieur Magnes.

Puis il montra du doigt la pendule.

– Si monsieur Magnes n'est pas rentré avant cinq heures nous fusillerons toute la famille ! Personne ne doit sortir d'ici sans mon autorisation ! Vous avez bien compris ?

Au milieu du désarroi général, commença alors la fouille de la maison, puis, dans la salle du restaurant, l'interrogatoire de tous les membres présents de la famille. Son objet était clair, il s'agissait de mettre en évidence le rôle du grand-père dans la résistance et d'obtenir des renseignements sur l'activité du maquis dans la région.

Un soldat allemand, débonnaire, prit Jeannot avec lui, sur le banc devant la porte et le fit gentiment sauter sur ses genoux. Il lui confia même sa mitraillette, puis au bout d'un moment se mit à le questionner.

– Beaucoup maquis ici. Toi sais où est maquis ?

L'enfant répondit par les mots convenus :

– Maquis, connais pas !

Jeannot se mit à penser que ces allemands n'étaient peut-être pas si méchants que voulait bien le dire son entourage. Il savourait le plaisir de jouer avec une mitraillette, se sentant dans une sécurité totale. Il se disait que ces soldats, qui lui prêtaient leurs armes, étaient bien plus gentils que les maquisards, avec lesquels il était impossible de toucher à quoi que ce soit… Mais ce n'est pas pour autant qu'il allait vendre la mèche. A chaque sollicitation du soldat il avait en mémoire la recommandation de son grand-père, et la même phrase revenait dans sa bouche :

– Maquis connais pas !

En ce premier jour du mois de Juillet 1944, une chaleur estivale écrasait le petit village et les allemands étaient particulièrement assoiffés…

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