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Dans un silence lourd d’émotion, les
adultes blêmirent, échangeant entre eux un regard rempli de consternation.
Sans mot dire, grand-père se leva prestement et se déroba par l'escalier de
bois qui conduisait à l'étage, et depuis lequel on pouvait rejoindre
l'extérieur, du coté de la remise. La grand-mère demanda aux deux enfants
d'être bien sages quoi qu'il advienne.
– Vous ne savez absolument rien sur la
guerre ni sur les maquisards ; absolument rien.
– Oui on sait, Papou nous l'a déjà dit
murmura Babou.
Simone fila avec sa petite Zabeth chez les
Seccaud, et Marcelle débarrassa la table en vitesse.
– On ne sait pas ce qui peut se passer, tu
ne vois pas qu'ils débarquent chez nous… dit grand-mère, le visage inquiet.
– Ne parle pas de malheur !
– Et ces foutus tonneaux, ils sont bien
fermés ? Marcelle descend vite à la cave ; il ne faudrait pas qu’ils en
aient laissé un ouvert… J'ai toujours pensé que c'était dangereux de cacher
quelque chose ici dit la grand-mère, les nerfs à fleur de peau. Allez fais
vite, je m'occupe de la table.
Marcelle était déjà dans la cave, et un
coup d'œil rapide lui permit de s'assurer que les tonneaux à double-fond
dans lesquels étaient entreposés des munitions et l'argent qu’y cachaient
les maquisards étaient bien fermés. Elle eut à peine le temps de refermer la
trappe que déjà,dans un grondement assourdissant, soulevant derrière elle
un épais nuage de poussière, les voitures allemandes faisaient irruption
dans les rues du village, tandis que des officiers s'introduisaient sans
ménagement dans la cuisine de l'hôtel.
– Monsieur Magnes jean, nous voulons voir
le chef ! L'officier s'exprimait en hachant les mots, mais il n'y avait
aucun doute : c'était bien le grand-père qui l'intéressait.
– C'est mon mari, il est parti aux champs,
que lui voulez-vous ?
La grand-mère s'était appliquée à
prononcer ces mots d'un ton neutre et apaisant. Elle tentait de cacher le
cruel émoi qui, subitement, venait de s'emparer d'elle.
Après un court instant d'hésitation,
l'officier allemand martela d'une voix saccadée dont la vigueur ne laissait
aucun doute quant à la détermination de celui qui parlait :
– Nous voulons interroger Monsieur Magnes.
Puis il montra du doigt la pendule.
– Si monsieur Magnes n'est pas rentré
avant cinq heures nous fusillerons toute la famille ! Personne ne doit
sortir d'ici sans mon autorisation ! Vous avez bien compris ?
Au milieu du désarroi général, commença
alors la fouille de la maison, puis, dans la salle du restaurant,
l'interrogatoire de tous les membres présents de la famille. Son objet était
clair, il s'agissait de mettre en évidence le rôle du grand-père dans la
résistance et d'obtenir des renseignements sur l'activité du maquis dans la
région.
Un soldat allemand, débonnaire, prit
Jeannot avec lui, sur le banc devant la porte et le fit gentiment sauter sur
ses genoux. Il lui confia même sa mitraillette, puis au bout d'un moment se
mit à le questionner.
– Beaucoup maquis ici. Toi sais où est
maquis ?
L'enfant répondit par les mots convenus :
– Maquis, connais pas !
Jeannot se mit à penser que ces allemands
n'étaient peut-être pas si méchants que voulait bien le dire son entourage.
Il savourait le plaisir de jouer avec une mitraillette, se sentant dans une
sécurité totale. Il se disait que ces soldats, qui lui prêtaient leurs
armes, étaient bien plus gentils que les maquisards, avec lesquels il était
impossible de toucher à quoi que ce soit… Mais ce n'est pas pour autant
qu'il allait vendre la mèche. A chaque sollicitation du soldat il avait en
mémoire la recommandation de son grand-père, et la même phrase revenait dans
sa bouche :
– Maquis connais pas !
En ce premier jour du mois de Juillet 1944, une chaleur
estivale écrasait le petit village et les allemands étaient particulièrement
assoiffés…
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