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– Nous voulons boire beaucoup bière et limonade, avait
demandé le chef.
La Grand-mère n'arrêtait pas de descendre et de
remonter les escaliers de la cave, soucieuse de ne point contrarier ses
hôtes, et avec l'arrière pensée de les faire boire dans le but de tromper
leur vigilance. On ne sait jamais... Aussi montait-elle beaucoup plus de
bière que de limonade ce dont les allemands ne semblaient pas se plaindre.
La maison était étroitement surveillée par des
sentinelles en armes, postées aux quatre coins de l'hôtel, et, sur la
placette, juste à côté de l'église, Jeannot, depuis les genoux de
l'allemand pouvait voir une automobile bizarre surmontée d’un gros fusil
tout aussi bizarre. Celui-ci pointait sa bouche noire et menaçante vers
l'hôtel, et le soldat qui la dirigeait, avec son gros casque sur la tête,
semblait beaucoup moins sympathique que celui qui était occupé à le faire
sauter sur les genoux.
Babou, contrairement à son jeune frère avait compris
toute la gravité de la situation. Il finit par tromper l'attention des
gardes, se glissa dans l'escalier par lequel s'était éclipsé grand-père et
partit à sa recherche.
Il n'y avait personne derrière l'hôtel, si ce n'est un
allemand qui, mitraillette sous le bras, allait et venait de façon
régulière d'un bout à l'autre de la façade arrière.
Babou, dans l'entrebâillement de la porte, repéra son
manège, et calcula qu'il aurait le temps, entre deux passages, de franchir
l'espace qui le séparait de la porte de la remise.
Son idée était que le grand-père était caché dans ce
local.
Lorsque le garde, lui tournant le dos, dépassa la porte
derrière laquelle il était caché, Babou, évitant de toucher le moindre
petit obstacle, s'élança précautionneusement. Son petit cœur faisait un
tel vacarme au fond de sa poitrine qu'il eut peur que l'allemand ne
l'entende battre. Il retenait son souffle, l'œil rivé sur les cailloux et
les menus branchages qu'il s'appliquait à enjamber sans bruit.
Les quelques secondes qu'il mit pour arriver à la
remise lui parurent des siècles, et c’est méthodiquement qu’il en explora
les lieux.
La remise était un petit local dans lequel grand-père
se plaisait à bricoler. Il y avait emménagé un établi qu'éclairait une
fenêtre étroite. Babou prit soin de ne pas passer devant cette ouverture.
De part et d'autre de l'établi, bien rangés sur des étagères, les outils
attendaient sagement que l'on vint en disposer. Se côtoyaient rabots et
varlopes de différentes tailles, des serre-joints en bois, des fers à
souder aux becs cuivrés, des équerres, vraies et fausses, dont l'une, la
sauterelle, captait particulièrement l'attention des enfants. Les scies
aux lames curieuses, mais plus encore l'étau et l'enclume de forgeron,
renvoyaient au soleil des tons moirés et chatoyants qui, à l'ordinaire,
auraient exercé une véritable fascination sur le garçonnet.
Il ne leur accorda pourtant qu'un regard dédaigneux. De
même, les vieilles boîtes de thé aux couleurs exquises et les diverses
caissettes de bois pleines de richesses insoupçonnables lui parurent pour
une fois indignes d'intérêt. Tout juste s'il jeta un coup d'oeil en leur
direction.
Le fond de la pièce était mal éclairé et il s'y avança
prudemment. C'était là qu'il pensait trouver le grand-père. Il devina les
outils pour le jardinage, la fameuse carriole à bras que grand-père
utilisait pour ramener l'herbe des lapins depuis la Pièce Longue, une
vieille moto, utilisée par l'oncle Gustave avant qu'il ne parte pour la
guerre, et se dirigea tout au fond à droite, derrière une palissade de
planches.
Il se risqua à murmurer :
– Papou, Papou.
Aucune réponse. ..
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