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Le site est vertigineux et se voit de loin, on y accède par une bretelle qui part à droite du rond point d’accès à l’autoroute A75 (direction Clermont-Ferrand). Ici séparé de 400 mètres, deux rochers de nature et de hauteur identiques se font face, tous deux se terminant par un plateau en contrebas duquel, 200 mètres plus bas, coule, la rivière Alagnon : « Les angles saillants de l'un correspondent exactement aux angles rentrants de l'autre » précise la notice consacrée à Massiac dans le Dictionnaire Statistique du Cantal.

Ste Madeleine.

Sur l’un se trouve la chapelle Sainte-Madeleine, sur l’autre se trouvait l’église Saint-Victor, dont il ne reste quasiment rien. En 1971 une fausse chapelle a été érigée pour matérialiser en quelque sorte la légende de ces deux-là, les deux solitaires de Massiac comme les appelle Henri Pourrat dans ses Légendes d’Auvergne (De Borée, Cournon d'auvergne, 1994) :

"L’Alagnon à Massiac coule dans une sorte de défilé entre deux à-pics de basalte. Sur son bord l’un portait l’ermitage de sainte Madeleine, et l’autre celui de saint Victor. De sa cabane de branchages et de mottes, la sainte pouvait voir le saint en oraison …

Sainte Madeleine désirait de grand désir l’entretien de saint Victor. Mais elle connaissait le monde, sa promptitude à croire au mal, sa malice, sa sottise. Elle était jeune et saint Victor était jeune aussi. Elle ne voulait pas se rendre dans son ermitage ; elle ne voulait pas lui demander de venir dans le sien.

Alors sainte Madeleine de Massiac pria à deux genoux sa grande patronne, celle de Magdala et de la Sainte-Baume … elle se releva, elle alla jusqu’à la cassure du roc sur l’Alagnon, jusqu’au précipice. Et là, vers l’ermitage de saint Victor, elle jeta son chapelet devant elle par le milieu de l’air. Le chapelet alla, alla, se déroulant, et entre des deux rocs il se suspendit comme un pont.

Sur cette sainte passerelle, sainte Madeleine et saint Victor s’avancèrent l’un vers l’autre. Sur son milieu, tous deux tombèrent à genoux face à face. Dans le pays tout le monde … regardait les deux solitaires, là-haut dans l’espace, au-dessus du gouffre s’entretenir des choses de Dieu."

La chapelle Sainte-Madeleine, bâtie à l’aplomb de l’éperon basaltique qui surplombe la vallée de l’Alagnon, littéralement à quelques centimètres du bord du rocher, était probablement le lieu de culte d’un petit château féodal à l’emplacement particulièrement stratégique. 

Ste Madeleine interieur

De petite taille, elle est dotée d’un clocheton aéré et d'un porche à auvent appelé "caqueteuse". La nef centrale voûtée en berceau est séparée du sanctuaire par un arc triomphal et deux chapelles latérales. Celle du sud daterait du XIIIe siècle et celle du nord du XIVe siècle. Le sanctuaire se compose d'un chœur et d'une abside ronde voûtée en cul-de-four, surélevée de deux marches. Des sondages ont révélé la présence de peintures sous les enduits. La voûte est recouverte d'une fresque - hélas aux trois-quart effacée - représentant un tétramorphe (NDLR : les quatre animaux ailés tirant le char de la vision d'Ezéchiel) composé d'un Christ de Majesté dans une mandorle (NDLR : forme ovale ou en amande). L'édifice a été restauré en 1894 puis entre 1980 et 1983.

Ste Madeleine tetramorpheChrist en majesté entouré du tétramorphe dans sa mandorle.

Propriété de la commune de Massiac, la chapelle est classée aux Monuments Historiques (Mérimée) depuis le 29 décembre 1982, ainsi qu’une partie de son mobilier (Palissy) :

  • Christ en croix, en bois polychrome du XVIe, 65 cm de hauteur, classé depuis le 28 mai 1958,
  • Vierge à l’enfant assise en majesté (tête de l'enfant refaite), sculpture en bois polychrome du XVIe, 64 cm de hauteur, classée depuis le 13 avril 1960.

En outre, sont inscrits au Patrimoine Mobilier (Palissy) :

  • une statuette de Sainte-Madeleine depuis le 14 octobre 1975,
  • deux statues des apôtres, Saint-Pierre et Saint-André, en bois taillé, polychrome et doré, depuis le 24 juin 2005.

ste madeleine

Désormais la chapelle semble veiller sur les automobilistes qui circulent sur l'A75, totalement indifférents à la légende de Sainte-Madeleine et de Saint-Victor.

DTF