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Quand ma grand-mère est née, l’eau n’était pas courante partout, l’électricité n’éclairait pas tous les foyers et les jambes étaient le principal moyen de locomotion pour aller faire ses courses avec ses cabas ou ses filets à provision, réutilisables à l’infini ou presque.

Toute sa vie, je l’ai entendu répéter qu’il ne fallait pas laisser couler l’eau du robinet « pour rien » et qu’il fallait éteindre la lumière en sortant d’une pièce car … ça coûte cher, le sens de l’économie frappé au coin du bon sens. Elle a également continué à utiliser ses jambes alors même que la côte de la rue devenait de plus en plus raide à gravir au fil des ans.

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Et puis le « progrès » est arrivé avec les Trente Glorieuses et son développement économique à tout-va, l’électricité est devenue omniprésente dans la cuisine (robot, table de cuisson, lave-vaisselle, jusqu’à la cafetière) et l’eau coule, coule, coule … C’est tellement bon une douche chaude qu’on resterait (et qu’on reste) une éternité sous le grand pommeau de la colonne de douche high-tech qui équipe nos salles d’eau.

Même la voiture, souvent diesel puisque l’Etat, en son temps, nous y a incité, est devenue un bien de consommation courante (comme l’eau !) qu’on l’utilise pour partir en vacances, aller au travail ou acheter le pain parfois au coin de la rue. Pensez ! Il a fallu nous inciter à faire du sport pour compenser le manque d’exercice faisant fleurir, ici et là, coaches et officines dédiés.

Peu à peu sont arrivés, pêle-mêle et dans le désordre, le réchauffement climatique, la fin annoncée des ressources (d’abord le charbon, puis le gaz et le pétrole) et la raréfaction, voire la disparition par endroit, de l’eau entraînant une prise de conscience, une sorte de fin prévisible de l’âge de d’or.

J’ai écouté ma grand-mère, j’éteins la lumière en sortant d’une pièce, je ferme le robinet, je n’achète que ce dont j’ai besoin pour ne pas jeter et je ne renouvelle mes vêtements et mes chaussures que quand ils rendent l’âme.

Et pourtant je suis culpabilisée à longueur d’ondes (je regarde peu la télévision, ça pollue et ça endort), j’ai l’impression d’être à confesse en permanence :

- « Pardonnez-moi Seigneur car j’ai pêché »,
- « vous paierez une petite taxe carbone ma fille en guise de pénitence »,

car c’est de votre faute, de notre faute, de ma faute si la planète part à vau-l’eau … nous, les bons élèves, qui avons soutenu l’économie avec zèle pendant tant d’années sommes devenus les cancres de la planète.

Clémenceau avait tout compris quand il affirmait que "la vérité d'aujourd'hui peut avoir été l'erreur d'hier et peut devenir, par l'accroissement de la connaissance, l'erreur de demain" .Ainsi je ne suis pas certaine que, dans quelques décennies, mes enfants et petits-enfants, qui auront répondu au credo de la voiture électrique, ne se retrouveront pas dans la même situation que nous parce qu’on ne saura que faire des batteries de leurs voitures électriques ou de leurs innombrables téléphones portables.

Et pendant ce temps, la question de la faim dans le monde n’a toujours pas été résolue. Progrès, vous avez dit progrès ?

DTF octobre 2020