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Document tiré  du Dictionnaire Statistique du Cantal de Déribier-du-Chatelet  Edition de MDCCCLII  (1852) Volume 1/5.

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GENERALITES

La commune d'Anglards dépend du canton de Salers, arrondissement de Mauriac. Elle occupe les vallons baignés par les rivières de Mars et d'Auze, s'allonge du nord-ouest au sud-est, et confine au nord avec le» communes de Méallet et de Moussages, au sud avec celle de St-Bonnet, à l'est avec celle de St-Vincent; les communes du Vigean et de Salins la bornent à l'ouest.

Elle est arrosée par les rivières de Mars et d'Auze, celle-ci encore bien faible; par les ruisseaux de Mol, des Ages, de Montzelat, de Verapeuch, de Fournols, de Jaladis, d'Escouts, etc. Sa surface territoriale est de 4,700 hectares, dont 1,400 hectares en terres cultivées, d'un hon produit, mais froides, en pente, et par conséquent sujettes aux dégâts produits par les ravins; 3,000 hectares en prés ou pacages à vacheries, situés la plupart à l'est de la commune; 200 hectares en bois, la majeure partie en taillis; enfin, quelques terres vagues.

On peut porter la population d'Anglards à 2,821 habitants, épars dans 42 villages ou hameaux, y compris le bourg, et 370 maisons. Le vallon de Mars est la partie la plus peuplée de la commune. Le sol se compose d'une partie volcanique et d'une autre partie en gneiss ou schiste quartzeux. Les versants des vallons d'Auze et de Mars, qui regardent le midi, sont à-peu-près nus, tandis que les coteaux situés vis-à-vis se cachent sous les bois épais qui remontent le long de leurs flancs. Des prés excellents tapissent le fond des bassins. Plus de trente vacheries occupent la montagne, et fournissent le lait avec lequel on façonne ces fromages dit formes, dont le poids s'élève de 35 à 50 kil la pièce, et dont le prix moyen peut être évalué à 40 fr. les 50 kil. Le bourg d'Anglards, assez considérable et bien bâti, se trouve sur le plateau qui domine le vallon de Mars, à 1 myriam. 3 kil. de Salers et 1 myriam. 2 kilom. de Mauriac. On y tient de bonnes foires de bestiaux les 25 janvier, 6 mai, 25 juin et 21 octobre. Henri de Noailles, marquis de Montclar et seigneur en partie d'Anglards , obtint une ordonnance d'Henri IV pour l'établissement des foires du 25 juin et du 7 septembre, ainsi que l'autorisation de construire une halle et de tenir marché les mercredi et samedi. La proximité de Mauriac a fait perdre à Anglards les avantages de ce marché.

L'église est ancienne et placée sous l'invocation de Saint-Tyrse, premier patron, martyr à Autun en 179, et de saint Jean-Baptiste, dont on célèbre la fête. Dans cette solennité, une brillante procession parcourt les rues du bourg. La charte de Clovis s'explique ainsi: «In villâ Anglars ecclesias in domini catas2, unam dicatam sancto Johanni-Baptistae, aliam sancto Tyrso martyri. Coloniae 2, manent servi, Constancius, Rambertus, solvunt caropera, vaccam pinguem, mod. 2 annon. »

 


EGLISE ET CHAPELLES

 L'église d'Anglards est du style roman et paraît appartenir au XII° siècle. Son clocher est octogone. Elle forme une croix latine composée de trois nefs terminées en hémicycle. La voûte est soutenue de chaque côté par quatre piliers carrés, avec des demi-colonnes à bases circulaires, qui supportent des chapiteaux à feuillage. Les arcades du chœur, les absides et le porche sont à plein cintre; on remarque quelques croisées en ogive. La longueur de l'église est de 24 mètres, sa largeur de 12 mètres.

Cette église constituait autrefois un prieuré qui fut uni à l'archiprêtré de Mauriac, dont le titulaire était curé primitif. On retrouve les archiprêtres suivants: Géraud d'Escorailles en 1301; Nicolas de Creyssàc en 1401 ; Durand Régis en 1412; Antoine Martin en 1480; Antoine de Chazottes-de-Salers; Roger Benoît en 1520; Pierre de Lizet en 1536; c'était le frère du président Lizet ; Durand de Vigier, aumônier du roi et prieur d'Anglards en 1563; Guy Rongier en 1580; Etienne Jourde en 1587; après lui Antoine Ducher dans la même année 1587; Nicolas Navarre, vicaire-général dé Lyon et curé de St-Mizy de cette ville en 1607; Jean de Peyrelade en 1660; Jean de La Borie en 1688; Bouchard de Champigny, N. Navarre en 1789. On trouve aussi les noms de divers curés et vicaires perpétuels: Jean de Chazettes; Guy Rongier; Antoine Auriac ; Jean de Gagnac; Pierre Salis de Valens; Desmaries ; Ternat ; Jourde, etc., etc. Les archiprêtres et prieurs d'Anglards étaient seigneurs d'une partie de la paroisse, et percevaient de belles rentes. Le prieuré avait été affecté au chambrier du monastère de Mauriac.

La chapelle de Notre-Dame ou de Ste-Croix, dite la chapelle de Montclar, fut fondée par noble Nicolas de Montclar en 1513, et la construction en fut autorisée par une bulle de Clément VI et par Etienne Auber, évêque de Clermont. Elle fut richement dotée en 1455 par les frères Maurinot et par Guillaume de Montclar. On la restaura en 1488.

La chapelle de St Nicolas d'Anglards fut fondée et construite par noble Guillaume de Montclar, et consacrée en  1495 par Guillaume, évêque de Rieufort, suffragant de Charles de Bourbon, évêque de Clermont, Jean de Chazettes étant alors curé d'Anglards. On y établit une confrérie.

En 1518 Pierre de Lizet étant prieur, le pape Adrien rendit une bulle en faveur de la chapelle St-Autoine de l'église d'Anglards. Dans la même année, Antoine de Chazettes, prédécesseur de Pierre de Lizet, y avait fondé deux vicairies. La chapelle de St-Martin en 1480; la chapelle de St-Antoine, qui avait longtemps appartenu aux seigneurs de la Trémoulière, passa en 1640 à M. de Montclar.


CHATEAU ET INSURRECTIONS

On remarque auprès de l'église le château de la Trémoulière, qui semble dater de la fin du xv° siècle. En 1598 il se composait d'un corps de logis et de deux tours rondes. En 1685 il y avait une grande tour de plus (sans doute celle de l'escalier), et un grand portail. La terre de la Trémoulière fut formée d'un fief de la Trémoulière qui appartenait à la maison de Tournemine, par la famille de Vigier, qui avait acquis des rentes aux environs. Antoine de Vigier, seigneur de la Trémoulière, était fort riche. U traita en 1592 avec Guy de Montclar pour les honneurs de l'église d'Anglards, où se trouvait la chapelle de St-Antoine, propriété du seigneur de la Trémoulière. Cet Antoine était fils cadet de N.-François de Vigier, seigneur de la Betortillade, près Salers, et de Françoise de Chalvet. Il laissa après lui Jacques de Vigier-de-Prades, seigneur de la Trémoulière, marié en 1593 avec Madeleine de Roffiniac. Son héritier fut Louis de Vigier, seigneur de la Trémoulière, qui épousa en 1638 demoiselle Rose de Pesteil, fille de Jean et de Marguerite de Laroque. Ce mariage lui apporta tout ce qui pouvait compléter la seigneurie de la Trémoulière. Il maria sa sœur Catherine de Vigier en 1630 avec N.-Jean de Montclar, et lui donna la terre de la Trémoulière qui est, depuis cette époque jusqu'à nos jours, restée dans la famille de Montclar. Mais Jean de Montclar n'eut qu'une fille, Renée, qui épousa un seigneur Jacques de Lavergne, et un fils aussi appelé Jean de Montclar, seigneur de la Trémoulière , qui mourut sans postérité en 1685. Alors Jacques-Antoine de Montclar, seigneur de Fournols, hérita de la Trémoulière. Il eut de Gilberte de Montclar Louis de Montclar, seigneur de la Trémoulière, qui épousa Louise Lescurier en 1690. En secondes noces, Jacques-Antoine de Montclar s'unit à la famille de Douhet de Romananges par son mariage avec Claude de Douhet, fille de Jacques et de Jacqueline de La Majorie. .Sa mort arriva en 1716, et son fils Jacques-Antoine, également seigneur de la Trémoulière et marié avec Maronne de Mathieu, laissa la seigneurie à leur héritier, Jacques Dominique de Montclar. Les diverses branches de la famille de Montclar s'étaient, à cette époque, fondues en une seule, et N.-Jacques-Dominique en était l'unique représentant dans la Haute-Auvergne. En 1756 il épousa Claire-Marie du Fayetde-la-Tour, fille de Jean Baptiste, seigneur de la Fressanges la Veissière, etc., et en eut trois enfants, deux fils et une fille. L'aîné, N. de Montclar, seigneur de la Trémoulière, Montbrun et autres lieux, a servi dans la maison du roi, et laissé deux enfants. Sa sœur, demoiselle N. de Montclar, s'est alliée avec N. Planchard de Cussac, officier de cavalerie. Enfin, le troisième des fils de Jacques-Dominique de Montclar, entré dans le sacerdoce, occupait naguères une des cures du Limousin. Le château de la Trémoulière appartient aujourd'hui à M. l'avocat Rongier, de Mauriac.

La famille Lescurier est distinguée à Anglards. Elle était investie de la seigneurie de Fournols, et possède de belles propriétés. La maison Lescurier, avec une petite cour sur le devant, des jardins et des vergers, embellit le bourg.

La place du Foiral est au sud et en plaine. On y remarque deux pierres plates de grande dimension, qui rappellent des souvenirs historiques. D'après la tradition, l'une formait la table sur laquelle se payaient les impôts; l'autre servit de tribune à l'orateur hardi qui s'avisa de proclamer un jour que la paroisse n'en paierait point au roi. Cet appel à la révolte fut entendu et donna lieu à plusieurs soulèvements qui devinrent très funestes aux habitants  d’Anglards.

En 1636 des troubles ayant éclaté à ce sujet dans la prévôté de Mauriac, le seigneur de Beaumevieille , prévôt général, se rendit à Anglards; mais les habitants s'étaient bien armés pour le recevoir. A son approche, on sonna le tocsin; il fut attaqué près du village de Chassières, et quelques archers reçurent de graves blessures. Les Anglardois se tenaient sur les coteaux; ils saluèrent la troupe à coups d’arquebusades, et firent rouler sur elle de grosses pierres. Les archers, accueillis de cette manière, furent forcés de céder, et rentrèrent à Salers par des chemins détournés. Cet état de choses dura plusieurs années. En 1649 le seigneur de Beaumevieille engagea la dame de Noailles à faire poser les armes aux habitants d'Anglards, ses emphytéotes, qui s'étaient encore soulevés. Mais le prévôt, ayant tenté d'appuyer cet avis par la force et s'étant avancé jusqu'à Méallet, subit un rude échec. Les paysans d'Anglards, réunis à ceux d'Ally, de Chaussenac, d'Escorailles, lui livrèrent combat, le battirent, lui tuèrent plusieurs archers du côté de Vendes, et le poursuivirent à outrance. Le grand prévôt fut obligé de se réfugier chez le seigneur de La Garde au château de Sourniac ; il en partit accompagné du seigneur de La Garde , vint à la Ferrière, et de là se retira au château de Pénières, chez M. de Noailles, d'où il regagna bientôt la Basse-Auvergne.

Plus tard encore, en 1657, l'insurrection se renouvela. Dans cette dernière circonstance elle prit de telles proportions, que les troupes royales furent employées pour la réduire. Gaspard de Montclar, seigneur de Monthrun, essaya d'apaiser les paysans; ses tentatives furent d'abord mal accueillies, et il essuya même trois coups de feu. Mais il ne se découragea pas et parvint à les calmer. Alors il implora leur grâce auprès du roi, et Louis XIV lui écrivit à ce sujet, le 16 août 1657, une lettre des plus honorables. Les chefs les plus mutins furent punis.


OÙ IL EST QUESTION D’ATTILA

Avant de quitter le chef-lieu de la commune, il convient de rapporter une opinion qui n'est pas dénuée de toute vraisemblance; elle concerne le lieu où dut se livrer la grande bataille des Champs-Cataloniques entre Attila, roi des Huns, et le général de l'empire romain Etius, secondé par Mérovée, roi des Francs. L'action se passa vers le milieu du V° siècle.

Plusieurs auteurs, et M. d'Anquetil est du nombre, prétendent que le théâtre de cette mémorable bataille se trouve entre la ville de Troyes et celle de Châlons. Cet avis a prévalu. Cependant, d'autres historiens désignent les environs de Toulouse comme le lieu probable où cet événement s'accomplit. Une autre conjecture enfin compte un certain nombre de partisans; la voici : Attila, se trouvant à la tête d'une armée considérable de Huns, passa le Rhin vers l'année 451 avec l'intention de se rendre en Italie, où, dit-on, l'avait appelé la princesse Honoria, courroucée contre son frère Valentinien. Il saccagea d'abord les villes de Mayence, Trêves, Strasbourg, marcha sur Tongres et Metz qui fut prise d'assaut, puis sur Reims qu'il brûla. Troyes fut épargnée à la prière de son évêque, saint Loup , et Paris ne dut son salut qu'à sainte Geneviève. Le roi des Huns s'avança vers Orléans; mais ses ennemis avaient eu le temps de se reconnaître, et le siége fut levé à l'approche des Romains , des Francs , des Visigoths , commandés par AEtius, Théodoric, roi des Visigoths, et son fils Thorismond, enfin,Mérovée et son jeune fils Childéric. Le chef barbare avait perdu beaucoup de monde devant Orléans. Forcé de continuer sa marche vers la frontière italienne, il traversa la Sologne et le Berry; mais, harcelé en Auvergne par les confédérés et acculé, en quelque sorte, contre les montagnes du pays, il se vit obligé de livrer bataille , et les armées se rencontrèrent près de Mauriac, dans les Champs-Cataloniques, situation qui se rapporterait soit aux plaines bordées par la rivière d'Incamp, l'Auze .et la Maronne, soit encore, et plus probablement, aux plaines d'Anglards, placées entre les rivières de Mars et d'Auze, et traversées par le ruisseau de la Biou. La topographie de ces dernières est entièrement conforme à la description donnée par l'évêque de Ravennes.

La bataille fut terrible. Cent vingt mille hommes y périrent. Théodoric reçut le coup mortel, mais AEtius fut vainqueur.

Les gens du pays montraient, vers le commencement du XVIII° siècle, un endroit appelé Antilacus ou Attilacus cafalocencis, où l'on prétend que se trouvait le camp d'Attila. Le nom de cet endroit viendrait à l'appui de la tradition locale. On remarque aussi, dans la même plaine, une éminence que les deux partis se seraient disputée avant d'engager l'action générale, et que Thorismond et AEtius auraient occupée les premiers. On voyait autrefois une croix de pierre, de forme antique, implantée dans un bloc grossier sur lequel existait une inscription; cette croix portait le nom de Croix de Bataillou ou Rouniade; elle est aujourd'hui située au coin d'un héritage.

Savaron rapporte qu'ayant voyagé dans la Haute-Auvergne et causé avec des hommes du pays fort instruits et très-respectables, il était resté persuadé de la vraisemblance des conjectures qui viennent d'être présentées. Il conclut de ses investigations qu'Attila fut battu dans les plaines du Cantalès, près de Mauriac, et incline surtout pour Anglards, qui est désigné dans des titres très-anciens par le nom de Cataloco.

Il faut espérer que des savants, habiles à pénétrer le cahos historique de ces temps barbares, arriveront à donner plus de consistance et de certitude à une opinion qui grandirait beaucoup l'importance d'Anglards.


Le sol qui environne ce bourg est froid, mais riche et productif. La plaine, à l'extrémité de laquelle il est situé, présente de vastes bruyères.

Les villages et hameaux de la commune sont:

Les Aldières, village dans le vallon de Mars ;

Bagnac, village sur la rive droite de la rivière de Mars;

Baliergues, village sur la rive gauche. Il était, en 1407, à N.-Hugues de Bort-de-Pierrefitte, seigneur de Longevergne.

Berc, belle propriété près et au sud d'Anglards, appartenant à Louis de Noailles en 1517, et à Guillaume de Chaudesaigues en 1599 ; Berc est mentionné dans la charte de Clovis: « In villâ » Bertgcoloniae 2, manent servi Eodaldus et Deodatus solvunt caropera,annonmod.l, solidos 2. »

La Bastide, qui était en 1399 à Guillaume de Lasvaysses, et fut vendue en 1477 au seigneur de Monthrun par noble Gausserand de Marlhou;

Bouisses, village habité en 1788 par N.-Antoine d'Anglards ;

le Breuil, près des montagnes, sur le plateau ;

le Chambon, gros village où s'était fixé un rameau de la famille de Sartiges , par suite du mariage qui eut lieu entre N.-Aymond de Sartiges, seigneur de Lasplazes, fils de Jean, seigneur de Sourniac, et de Marie de La Garde, et Marie-Jacqueline Lafon de Montclar, fille de Pierre et de Madeleine Hébrard. Ce seigneur mourut en 1741 ; il laissa plusieurs enfants. L'aîné, Antoine de Sartiges, épousa en 1762 Anne Griffol du Chambon, fille de Jean; de ce mariage sont issus : François de Sartiges, qui a fait la guerre dans l'Inde, et vit retraité avec le grade de capitaine et la décoration de chevalier de St-Louis. Il est célibataire. Pierre de Sartiges, son frère aîné, qui a servi avec distinction en Europe et dans l'Inde; il s'était retiré dans ses propriétés et remplissait très-honorablement les fonctions de Maire d'Anglards. Sa mort a eu lieu en 1823. Marié avec Jeanne de Baron de Layac-de-Boussac, il en eut deux filles, dont l'une a porté la propriété de Montclar à M. N , son mari, qui habite le département de la Creuse. Le village de Chambon relevait de l'archiprêtré de Mauriac.

Chassières, village dans un petit vallon vers St-Bonnet, remarquable par le petit combat qui eut lieu en 1636, entre les rebelles d'Anglards et le grand prévôt d'Auvergne;

Le Cher, village sur la rivière d'Auze;

Espinassols, village.

Espradels, hameau et jolie maison de campagne au fond du vallon de Mars et au pied de la montagne qui en forme le versant méridional. C'est une des riantes habitations de cette vallée, qui l'entoure de ses verts pâturages. Espradels formait un village autrefois, Antoine Sauvage, conseiller du roi au bailliage de Salers, l'habitait; un de ses descendants, Pierre Sauvage, en jouissait en 1775. C'est aujourd'hui la propriété de M. le docteur Salsac.

Finiac, village situé sur la montagne, et très-froid. On y élève de beaux bestiaux. Sous l'administration de M. Sers, préfet du Cantal, quelques essais furent faits dans ce village pour la fabrication du fromage façon Gruyère. Une vacherie, appartenant à M. le baron de Tournemine, alimentait cette expérience. La rareté des bois a empêché que l'on y donnât suite.

Fournols, hameau , ancien fief et château sur la montagne. Pierre Chape1, damoiseau, en était seigneur, et fit hommage pour cette terre, en 1359, à N.-Raymond d'Escorailles, seigneur de Montbrun. Il donna sa fille Hélie Chapel en mariage à Durand Gros qui posséda ainsi Fournols, et fit, avec sa femme, le fief en 1599 à Guy de Montclar. Fournols fut vendu en 1121 à noble Geraud du Fayet, seigneur de la Borie, qui traita en 1425 avec le seigneur de Montclar, et reconnut son fief, comme relevant de lui. N.Jacques du Fayet fut seigneur de Fournols en 1488, et Jean, son fils, en 1529. Ce dernier épousa Suzanne de Chalus. Catherine, leur fille, porta Fournols à Léonel de Montclar, fils de Guinot, en 1570, époque où elle entra par mariage dans cette maison. Pètre Jean , fils de Léonel, fut seigneur de Fournols en 1603; il avait épousé Marguerite deChancel. La famille du Fayet posséda de nouveau Fournols, car Charles du Fayet en jouissait en 1607. Après lui vint son fils Jean, seigneur de Fournols, et marié avec Marguerite de Ribier. Léonarde du Fayet porta des droits sur ce fief à N.-Jean de Pons d'Escorailles; son fils, Louis de Pons, habitait même le château avec Léonarde,-sa mère, en 1659. En 1666 Jean de Montclar était, en partie, seigneur de Fournols avec Louis de Pons. Ce château passa dans la famille de Leseuricr, et Georges Lescurier en était seigneur en 1759. Il est, depuis peu, la propriété de M. Rolland, de Salers.

En 1560 le château comprenait une tour carrée et une tour ronde sur le derrière, avec un escalier à vis. Il consiste aujourd'hui dans une tour ronde et dans un corps de logis renfermant de belles caves. On y remarque des meurtrières et des vestiges d'anciennes constructions.

Haut-Bagnac, village qui a appartenu en 1368 à Béatrix de Montclar, et pour laquel elle fit son fief au seigneur d'Apchon. Il provenait en partie de N.-Hugues de Guillen, damoiseau, et d'Etienne d'Escorailles. M. d'Orcet, receveur des tailles à Mauriac, y avait une belle propriété en 1769. Invaleix, hameau; Joncoux, village situé dans la montagne près de Finiac. Il a donné son nom à une famille bourgeoise, ancienne, nombreuse et distinguée dans la robe aux XVI° et XVII° siècles. François de Joncoux fut bailli de Salers en 1608; il avait été ennobli et fait gentilhomme du roi à cause de ses services; Marguerite de Joncoux jouit d'une certaine réputation à la fin du WVII° siècle, comme auteur de quelques ouvrages relatifs au jansénisme. Elle connaissait très-bien la langue latine. Georges Lescurier acheta en 1759, de Jean de Chabannes, marquis d'Apchon, le fief de Joncoux, et le bois de Chavanelles qui provenait du baron de Salers, comme cédé à ses ancêtres.

Longevergnc, château sur la rive droite de la rivière de Mars et dans le vallon. Cette seigneurie remonte au XIII° siècle, et appartenait en premier lieu à une famille de ce nom.

Aubert de Longevergne , seigneur du dit lieu, damoiseau, vivait en 1228. Autre Albert ou Aubert, qui dut lui succéder, avait épousé Huguette de Lajarrige. En 1275 il fit son hommage à l'évêque de Clermont, qui se trouvait alors à St-Martin-Valmeroux. Il vivait encore en 1344. La terre de Longevergne passa, quelque temps après, dans la maison de Bort. Hugues de Bort-de-Pierrefitte, qui avait des propriétés près de la ville de Bort, au gué du Saut-de-la-Saule, et qui était capitaine du château de Claviers, acquit, par mariage ou autrement, la seigneurie de Longevergne, dont le chef-lieu se trouvait près de Claviers. Il la possédait en 1409, et la laissa à l'un de ses enfants, Georges de Bort, qui fit hommage, pour loi et pour Bertrand, son frère, au comte de Boulogne, baron de Claviers. Ce Bertrand s'en alla résider à Monton , près de Veyre, en Limagne. Georges avait épousé Claude de Beauvoir ou Belvezer, sœur d'Antoine, seigneur du Monteil; il en eut un fils nommé Geraud, qui mourut célibataire, et une fille du nom de Lucques de Bort. Claude de Beauvoir testa en 1482 et Georges en 1499.

Lucques de Bort, dame de Longevergne , épousa, en 1493, N.-Bertrand d'Anglards, damoiseau, seigneur de St-Victour, de Soubrevèze et de Vède, près de Marlat. De ses deux filles, l'une Jeanne d'Anglards, s'unit en 1512 à N.-Guinotde Montclar. La seconde, Françoise d'Anglards, entra dans la maison de Diennc en 1523, par son alliance avec N.-Charles de Dienne, seigneur deChavagnac. Lucques de Bort testa en 1559 au profit de son neveu , Jacques d'Anglards, seigneur de StVictour , et en partie de Longevergne. Les héritiers de Guinot restèrent seuls propriétaires de la terre. Le château semble dater de la fin du XV° siècle. Il y avait une chapelle dès l'année 1623; elle a été restaurée depuis peu, ainsi que le château; des tours rondes le décorent, et de jolies plantations l'entourent et en embellissent la vue. Longevergne a été vendu par les héritiers de la maison de Montclar, et appartient actuellement à M. l'abbé Lavergne, ancien curé de Maintenon.

Maleprade , village voisin de Longevergne; le Meynial, petit château et belle propriété près et au sud d'Anglards, appartenant à la famille Lescurier; Mainterolles, ancien village sur un terrain assez fertile, indiqué dans la charte de Clovis par ces mots: «  In villa Maintairola coloniœ 3, manent servi, Girbaudus, Hatto, Bovo solvunt caropera, annon. mod. 3, avenae mod. 1, vaccam pinguem, solidos 2. » En 1396 N.-Geraud de Bondon était seigneur deMainterolles, du moulin d'Auze,etc. Le seigneur de Tissonières en jouissait en 1543. La famille du Fayet-de-La-Tour l'a possédé avant 1789.

Montclar, village où l'on voit les vestiges d'un ancien-château qui a donné son nom à l'une des familles les plus distinguées de la Haute-Auvergne. Il domine le vallon de Mars et présente des points de vue remarquables sur ce vallon. Les coteaux qui le bordent à l'aspect du nord sont, en cet endroit, couverts de bois et d'épais taillis. Des roches trachytiques, parsemées çà et là , s'élèvent en pyramides grandioses, forment des festons bizarres, affectent mille aspects divers, entre autres celui de tours ou de castels en ruines, ce qui imprime à toute la côte un caractère sombre et sauvage.

Une tradition existe qui donnerait au château de Montclar une haute antiquité. On rapporte qu'à l'époque où le christianisme s'établit dans les montagnes de la Haute-Auvergne, le temple de Mercure érigé à Mauriac fut démoli pour faire place à la première église chrétienne du pays. La statue du dieu était en vermeil, enrichie de pierreries; les idolâtres, dit-on, la recueillirent secrètement et la portèrent dans un château voisin de Montclar. Elle en fut retirée plus tard et fondue pour faire des vases sacrés. Le fait dont il est question se rapporterait au commencement du XV°e siècle.

Une note, prise à la bibliothèque royale, établit que Durand de Montclar transigea en 942 avec Guillaume de Fontanges. Le château, en 1105, était placé sous la protection de Notre-Dame.

En 1109 Astorg de Montclar figure parmi les seigneurs qui arrêtèrent le doyen de Mauriac à cause de ses cruautés envers le chapelain. On trouve ensuite Guillaume de Montclar en 1140; Rigal en 1171; Hugues en 1203; Eymery , qui était mort en 1264, et Bernard, marié à Aygline de Bort-de-Pierrefitte. Ce Bernard eut deux fils, savoir : Rigal de Montclar, seigneur dudit lieu de Chambres et autres lieux, et Maurinot, qui forma la branche-cadette.

Rigal de Montçlair ou Montclar, l’aîné, laissa plusieurs enfants, parmi lesquels Eblon, seigneur de Montclar en partie.

A Eblon succéda Eymery de Montclar. Celui-ci n'eut qu'une fille nommée Gaillarde, qui épousa, en 1362, N.-Hélis de Noailles. Elle avait eu pour premier mari Aymar, seigneur de Barmont, de Montclar et de Chambres par sa femme. En elle  finit la branche aînée des Montclar.

Maurinot, chef de la branche cadette, se maria avec Antoinette de St-Maixent, et devint père de Pierre de Montclar, qui épousa, en 1293, Almodie de Valette, fille de Hugues. Cet Hugues fut abbé de Valette, et donna tous ses biens à l'abbaye de ce nom. Marguerite de Montclar, fille de Pierre, s'unit à Pierre de Thinières. Nicolas, son frère, se maria avec l'héritière de Montpensier et de Grezen. Astorg, l'ainé , continua la ligne. Il mourut en 1365. De ses cinq enfants, Bertrand de Montclar, son successeur, épousa, en 1362, Marguerite d'Escorailles, fille de Bégon, seigneur de Monthrun, et qui lui apporta en dot cette dernière terre.

Guy de Montclar , fils de Bernard, était étroitement lié avec Bertrand de La Tour, comte d'Auvergne; aussi fut-il chargé par lui, en 1410, de lui emmener à Savènes toute la noblesse qu'il pourrait réunir. (Pour la suite et la généalogie, voyez Méallet.)

La terre de Montclar resta donc, en partie, sous le titre de marquisat dans la maison de Noailles, et passa, en partie, sous le titre de baronnie dans les familles de Vigier, de La Ronade et d'Anglards.

Le château était une forteresse eh 1307. Cette forteresse prit de l'importance pendant le XIV° siècle. En 1362, époque de l'invasion des Anglais, qui dévastaient l'Auvergne, Astorg de Montclar et Guillaume Bardet, capitaine et conservateur pour Hélis de Noailles des terres de Montclar et de Chambres, traitèrent, pour la garde du fort de Montclar, récemment fortifié par Peyre La Salle, d'Anglards, au prix de 25 florins d'or. On plaida à Crévecœur pour le paiement de cette somme, et il fut décidé, par l'arbitrage de N.-Hugues de Claviers, que les tour, repaire et murs de défense seraient entretenus à frais communs avec N. de Noailles, mais que l'hôtel, qui en était proche, le serait au compte du seigneur de Montclar seul.

En 1467 N.-Jean de Noailles, seigneur de Chambres, Chalviniac et Montclar; Guillaume de Montclar, seigneur de Monthrun, et Bernard, comptor de, Giou, traitèrent avec un ouvrier pour le rétablissement de la grosse tour. Elle devait avoir quatre étages de dix pieds chacun d’élévation, et être rebâtie sur l'emplacement où existait la motte de l'ancien château. Le comptor de Giou était jadis seigneur de Montclar en partie, et ses droits passèrent à Léonne, femme de Pierre de la Rochebriant; Bernard, comptor, aïeul de Léonne, avait acquis ses droits sur Montclar par échange avec Chateauneuf, près Riom; il paraissait ici avec les autres seigneurs au nom du seigneur de Valens. En 1600 Guy de Montclar était propriétaire de la motte, tour et repaire de Montclar, mais tenu d'Henri de Noailles, baron de Chambres. En 1598 il reçut, dans la forteresse, l'hommage de N.-Bertrand de Méchin, seigneur de Romananges.

Le marquisat de Montclar, ainsi titré, fut joui quelque temps avant 1714 par Armand du Plessis, duc de Fronzac, et en 1715 parla dame de Si-Projet. En 1769 Jean-André de La Ronade était seigneur en partie par acquisition du château de Montclar; l'autre partie appartenait à la famille de Noailles.

Au XVI° siècle les seigneurs de Montclar servaient le roi avec quatre chevaux et hommes d'armes.

Le moulin d'Auze, hameau;

Le moulin du Fustier, hameau;

Le moulin du Milieu, hameau. Noutz, village près de Finiac;

Nuzerolles, village bien situé;

Le Peil, village;

Puechpany , village dans le haut du vallon de Mars. Georges de Bort était seigneur de Puechpany en 1464. Cette terre appartint ensuite à la famille de Valens, et passa par alliance à celle de Brugier du Rochain. Elle fut quelque temps habitée par un rameau de la famille de Tournemire,qui a perpétué ce nom distingué dans l'histoire d'Auvergne. Gabriel de Tournemire avait épousé Catherine Deydier dé Puechpany. De ce mariage naquit Pierre, seigneur de Vossieux, qui alla se fixer à la Chaud, près de Tourniac. (Voyez Tourniac.)

Pons, village dans la gorge, vis-à-vis du château de Monthrun; Pradelles, très près du précédent et à mi-coteau;

Remonteil, hameau;

Sacreste, village sur la rivière d'Auze non loin de Berc. Des soldats de l'armée du duc de Joyeuse, passant à Sacreste en 1586, pillèrent le village, tuèrent deux hommes et en blessèrent plusieurs.

Serre, village du côté de Salins;

Vergne-Chabaud, hameau dans le vallon de Mars, et qui a long-temps appartenu à la famille de Montclar;

Viouroux , village dans les bois;

Voleyrac, village près de Pons, et dont était seigneur LouisAntoine de La Ronade, lieutenant-général au bailliage de Salers en 1769.

Le village de Mortagne, près de Nuzerolles, existait en 1657. En 1517 on voyait celui de Chavialle entre Valens, le Breuil et Fialeix. Ces deux villages n'existent plus.

On aperçoit encore , dans la commune d'Anglards, les vestiges à peine reconnaissantes du château de Segret-, dont l'emplacement fut donné (car il était déjà ruiné) par Berthou de Finiac à Nicolas de Salez , chevalier. Il y avait une famille du nom de Segret. Astorg de Segret, qui servait le roi dans ses armées, et son fils, Etienne Segret, firent hommage à N. Guy de Salers pour ce qu'ils possédaient à Chasternal. Etienne habitait Navaste en 1357. La montagne de Segret, aujourd'hui pacage, et où se trouvait le château appartenait en 1651 A Constance de Richard, veuve de N.-Gabricl de Velian, seigneur des Bordes, et à N". de Ribier, seigneur de Lavaur et de Chavaniac.

Il paraît qu'il existait un ancien village où des habitations dans la montagne dite de Comores, aujourd'hui propriété de la famille de Mazeirolles. La charte de Clovis l'indique en ces termes: « In villa Combru colonia, manet servus Astrebaldus, solvit annon. mod. 1, denarios 12. »

On remarque enfin, non sans quelque surprise, le rocher de Mal-Sarte (.MatusSaltus), qui supportait les ruines d'un château fort et celles d'une chapelle dédiée à saint Eloi. Un autel de cette chapelle existe encore, et il est l'objet d'une dévotion particulière; on y porte les enfants qui ne peuvent pas marcher, on les place religieusement sur cet autel, et l'on cite plusieurs guérisons obtenues à la suite de cet acte de piété.

C'est peut-être à Mal-Sarte que fut cachée la statue de Mercure, enlevée du temple de Mauriac lors de l'établissement du christianisme dans ce lieu.

Les habitants de la commune d'Anglards sont d'un beau sang, et les hommes d'une vigueur athlétique. Leur caractère est un peu vif, mais rempli de bonnes qualités. C'est une énergique variété de la race auvergnate.