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A partir du XIVe siècle, nobles et bourgeois se mettent à dépenser des fortunes "dans l'achat de dentelles, parures indispensables d'une société où le costume est devenu un élément essentiel du spectacle social". La majorité des dentelles, exclusivement portées par les hommes jusqu'au XVIIe siècle, étaient importées, principalement d’Italie, c'était autant d'argent qui sortait ainsi des caisses de l'Etat. Les ministres de Louis XIII puis de Louis XIV, Richelieu mais surtout Colbert, organisent la production nationale en créant des manufactures royales de dentelles de fil, une sorte de relocalisation avant l'heure. Un mesure qui ambitionnait également de lutter contre l'oisiveté des sujets du roi. Tenant compte des conditions locales, Colbert fait donc établir par le Roi (déclaration du 5 août 1665 succédant à un arrêt du 5 mai) une manufacture « de toutes sortes d’ouvrages de fil, tant à l’aiguille qu’au coussin, en la matière des points qui se font à Venise, Gênes, Raguse et autres pays étrangers, qui seraient appelés Poincts de France », au Quesnoy, à Arras, Reims, Sedan, Château-Thierry, Loudun, Alençon, Aurillac et « autre ville du royaume ». Parallèlement les importations de dentelle furent fortement taxées afin de soutenir les production nationale.

colbertPortrait de Jean-Baptiste Colbert (1655) par Philippe de Champaigne

L'installation de la manufacture royale de dentelle :

C'est ainsi que la manufacture de dentelle d'Aurillac voit le jour en 1665 mais ce monopole du « point de France » est mal perçu par les notables du cru. En effet, héritière d'une riche tradition régionale, sans doute l'une des plus ancienne de France, dans le domaine du travail aux fuseaux, "Aurillac assurait tout naturellement sa réputation avec la production d'ouvrages d'or et d'argent. Malgré leur qualité, ils souffrirent de l'utilisation du terme "Point d'Espagne" qui désignait à l'époque toute dentelle d'or et d'argent, quelle qu'en fut sa provenance. Seuls les intendants royaux mentionnaient le "Point d'Aurillac" dans leurs rapports sur l'état de l'industrie dans les provinces. Le fait que le public ignorait que ces dentelles provenaient d'Aurillac a sans doute contribué au déclin de la production de cette ville" (Source : Artisanat pour tous)Ces dentelles étaient vendues hors de la Haute-Auvergne, à Paris, en Italie ou en Espagne.

Point Venise EspagneEn haut point de Venise, en bas, point d'Espagne (XVIIe)

L’intendant d’Auvergne, De Fortia, se déplace en personne à Aurillac, car il a eu connaissance de ces difficultés, il écrit à Colbert le 11 juillet 1665 :

«J’arrivai dès hier au soir ou jay trouvé les chozes en lestat que je m’estois persuadé  et qu’il y avoit eu plus de peur que de mal. En effet, jay sceu des trois femmes qui sont icy pour l’establissement de la manufacture, qu’on ne leur a point fait de mal ; mais que les consuls qu’il allèrent visiter, pour leur apprendre le suject de leur arrivée, leur demandèrent s’ils avoient des ordres du Roy pour eux ou pour les officiers ; que l’on disoit qu’ils venoient deffendre les ouvrages qui se font icy, qui estoit la seule subsistance de la ville, et que quelques personnes dans les rues leurs avoient dit qu’ils savoient mieux travailler qu’elles, et qu’elles pouvoient s’en retourner. J’espère que tout cela s’évanouira, leur ayant fait connestre l’avantage que la ville recevroit de ce que trois personnes viendroient monstrer la belle manière des ouvrages de Venize, que S.M. défendoit dans son royaume, pour donner à ses sujets les sommes excessives qui sortoient du royaume par ces voyes. »

Des concessions durent être faites, ainsi que nous l’apprend une lettre du même au même le 30 avril 1666 : « La permission qu’on a laissé aux ouvrières d’Aurillac de travailler à leur ancien pointe… ». Mais le 11 juin 1666, on se plaint de ce que les revendenses suscitées par les marchands établis, embauchent les meilleures ouvrières au fur et à mesure qu’elles se présentent à la fabrique : "cet établissement va fort lentement. Douze maitresses qui y sont depuis un mois n’ont encore que quarante-cinq à cinquante filles qui viennent apprendre au bureau".

point Francepoint de France en vigueur dans les manufactures royales

Par un acte daté du 1er juillet 1666, 128 habitants d'Aurillac ont adressé un doléance au roi pour se plaindre, avec tout le respect dû à leur interlocuteur, de l'attitude des entrepreneurs de ladite manufacture, Jean Plumes et Pol de Marc qui ne respectaient pas la déclaration de sa majesté qui assurait que les entrepreneurs « ne pourront empêcher les ouvrières qui sont hors desdites manufactures de continuer leurs ouvrages à la manière accoutumée , sous cette restriction néanmoins de ne s'entremettre pas en la manufactures des points de France ni imiter leurs dessins » . Or il semble que ces entrepreneurs zêlés aient voulu contraindre les habitants en allant jusqu'à « l'emprisonnement de leurs personnes, enlèvement de leurs ouvrages ».

Des conditions de travail strictement règlementées : 

Il existait des contrats d'apprentissage, ou de louage, par lesquels une maîtresse-dentellière, souvent marchande et dentellière, s'engageait à former des jeunes filles, parfois  âgées d'à peine 7 ou 8 ans, au « point d'aiguille  coupé » en 2, voire 3 ans. La formatrice s'engageait également à nourrir et à loger son apprentie en contrepartie d'un défraiement en argent ou en nature (seigle). Dans les faits, il fallait une dizaine d'années pour former une bonne ouvrière dont la carrière prenait souvent fin dès 40 ou 45 ans, les yeux définitivement abîmés par le labeur.

Et ce ne sont pas les règlements du travail instaurés dans les manufactures royales qui risquaient d'améliorer les choses, en effet il était précisé que :

  • « Toutes les personnes arrivant le matin à leur métier commenceront par laver leurs mains… feront le signe de croix, et commenceront à travailler.
  • On viendra aux boutiques où sont les métiers dès la pointe du jour… pour qu’aussitôt qu’il fera assez jour pour travailler, on puisse le faire.
  • Ne sera fait dans les boutiques aucun repas que celui du déjeuner [notre petitdéjeuner], et goûter en été qui sera sans viande et autre chose qui puisse gâter ou engraisser lesdits ouvrages.
  • Le temps de déjeuner sera d’une demi-heure et celui de dîner [notre déjeuner] d’une heure »

Source : Colbert et les manufactures, p. 13

carreaucarreau (cliché Papou Poustache)

Déclin de la manufacture royale de dentelle :

En juillet 1669, la manufacture « sera dans peu en bon estat ». A cette époque, on tente d’en installer une à Saint-Flour. Le marchand Amonnet, chargé d’une tournée d’inspection, écrit à Colbert (15 juin) : «Jay quitté pour quelques jours Aurillac pour aller voir à Saint-Flour la disposition du lieu pour former un establissement (…) Saint-Flour est une ville qui a asseurément bien besoin de travailler ; mais comme ils n’ont jamais rien faict, ils auront sans doute bien de la peine à s’assujetir au travail, quelque inclination apparente qu’ils aient à se vouloir adonner à notre manufacture, et il faudra bien du temps pour les y rendre habiles ; et comme la ville est peu peuplée, quelques frais que nous y fassions, de deux ans nous n’y saurions avoir plus de trois cent ouvrières. »

A  Aurillac, il avait trouvé un établissement « en pitoyable estat. Si nous en tirons pour 300 livres d’ouvrage, nous en dépensons plus du double pour les faire fabriquer par la désertion des ouvrières qui se retirent pour travailler pour elles, ou pour les principaux du lieu, à des méchans poincts qui perd entièrement le dessein que vous avez de les faire perfectionner dans la manière du poinct de Venize. »

point venisepoint de Venise

Cependant, le 31 octobre 1670, Colbert écrivait à l’intendant Le Camus  : "Je suis bien ayse d’apprendre que les poincts d’Aurillac se perfectionnent et qu’il y a présentement huit mille ouvrières qui y travaillent".

Mais, en 1688, la fabrication a beaucoup souffert de la révocation de l’Edit de Nantes et de "l’émigration des religionnaires du Languedoc et de la Guyenne, qui tiraient d’Auvergne leurs toiles, dentelles et fils". La diminution constatée vient encore de ce que "la mode des dentelles a changé, et que d’ailleurs les manufactures d’Alençon peuvent procurer cet ouvrage à meilleur marché, puisqu’il leur est moins couteux de faire venir le fil de Flandre, et qu’elles ne paient que l’entrée des cinq grosses fermes, tandis que le fil destiné à Aurillac après avoir payé l’entrée et la sortie comme fil, supporte encore un droit d’entrée lorsqu’il retourne à Paris façonné en poinc" (l’intendant De Vaubourg au contrôleur général).

medaille point alenconLe point d'Alençon, inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2010

D’Ormesson note la chute de la fabrication, qu’une délibération municipale du 5 mai 1733 situe "vers l’année 1690" . En 1704, le subdélégué Lacarrière rappelle le temps où 8 000 ouvrières consommaient 6 à 7 000 livres : "cet argent se répandait à la ville et à la campagne ; l’ouvrière gagnait jusqu’à 30 sols par jour ; les filles des meilleures maisons s’y occupaient ; l’élection abondait en toutes choses. Cette ressource est finie, et la province est entièrement épuisée". 

Dentellieres Cantal

Ainsi après son heure de gloire sous le règne de Louis XIV, Aurillac a produit à une très petite échelle des dentelles d'un style probablement peu différencié de celui du Puy, jusqu'à la Révolution.

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Evénement du XVII au XIX siécle

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