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Lorsque l’on circule sur D17, la départementale qui longe la vallée de la Jordanne, on ne peut manquer, à l’entrée du bourg de Lascelle, le petit panneau « église XIIe et XIIIe ». Il suffit alors de lever un peu les yeux pour apercevoir le clocher en peigne de l’église en question.

Lascelle St Remi

L’espace est étroit, il convient donc de garer son véhicule avant de s’engager dans l’étroite ruelle qui mène à l’église Saint Rémi (parfois écrit Rémy), celle-ci est d’ailleurs encombrée par les véhicules des riverains qu’on retrouve, hélas, jusqu’au ras des murs de la « cella » (la cellule) du nom d'une communauté, fondée par les moines d’Aurillac qui existait en ce lieu (d’où sans doute le nom de Lascelle donné au bourg).

Le bâti :

De l’extérieur, on découvre une église construite sur un plan rectangulaire. Un remarquable porche du 12ème siècle s’ouvre au sud. Un clocher à peigne du 17ème siècle, avec quatre ouïes, se dresse au point de séparation entre le sanctuaire et la nef. La toiture de l’église est couverte de lauzes appelées phonolite, roche volcanique, sonore à la percussion. Ont été rajoutées deux chapelles au nord, aux 15ème et 16ème, siècles, puis deux autres chapelles au sud, et une sacristie.

Lascelle porche XII

A l’intérieur, l’église comporte une nef de trois travées marquées par des pilastres, peut-être d’anciens soutiens d’une voûte effondré au XVe siècle. Un arc triomphal sépare la nef du sanctuaire composé d’un chœur rectangulaire et d’une abside semi-circulaire recouverte d’un cul de four.

Lascelle fenetre archivolte Lascelle vitrail

Du 15ème siècle à la fin du XVIIIe (date de l’interdiction de la pratique), les plus riches pouvaient enterrer leurs morts dans un caveau familial au sein de l'église, d’où la construction des chapelles latérales. Il était en effet admis que plus l’inhumation était proche du chœur, plus grande était la protection accordée au défunt. De fait, des fouilles effectuées entre 1985 et 1986 révélèrent que l’église Saint-Rémi de Lascelle recelait une véritable nécropole avec la mise à jour de quatre caveaux maçonnés et de 84 sépultures sous ses pavés.

Le mobilier :

Un autel de pierre d’époque romane trône au centre du chœur. Derrière lui se trouve un imposant maître-autel à tabernacle et baldaquin daté de 1644 avec deux statues en châtaigne représentant Saint-Flour, premier évêque du cantal et Saint-Rémi, évêque de Reims et patron de la paroisse.

Lascelle nef choeur autel

Outre une vierge à l’enfant du XVIe et une Sainte-Anne du XVIIe, le mobilier compte une statue en bois polychrome de Saint-Antoine (XVIIe) à gauche et de Saint-Géraud à droite.

Face à l’entrée, on remarque une curieuse armoire en bois, il s’agit en fait de fonts baptismaux en bois du XVIIe offerts par la famille Fontanges de Velzic. Hélas, une partie de ce meuble (têtes d’angelots, demi-relief représentant le Christ dans le Jourdain et Saint-Jean-Baptiste) été volée le 24 septembre 2003.

Preuve de son intérêt historique et architectural, l’église a été classée (et pas seulement inscrite) aux Monuments Historiques le 24 novembre 1930. Pourtant cet intérêt n’a pas toujours été perçu. Son chevet plat à l’est présente, à mi-hauteur, une rangée de six arcatures, en mitres aveugles, encadrant une septième en plein-cintre, qui contient la baie axiale. Il est intéressant de comparer la description qui en est faite dans Le Dictionnaire Statistique du Cantal de M. De Ribier (1854), particulièrement du mur est :

« L'église, placée sous l'invocation de saint Rémy, est très-ancienne et du style bysantin. Entourée de colonnettes à l'extérieur, elle semble appartenir au XII°°siècle, du moins en partie. Comme elle est dédiée à saint Rémy, il serait très-possible que sa fondation remontât à l'époque du pape Gerbert qui, étant archevêque de Reims, aurait envoyé en même temps des reliques du saint à l'église de Lascelle et à la paroisse de St-Simon, lieu de sa naissance …. Le mur extérieur du chœur présente une rangée de six colonnettes formant entr'elles des arcades et enjolivées de figurines. Ces morceaux d'architecture auraient été conservés de l'ancien chœur, rapportés au nouveau à l'époque de sa reconstruction, en 1635, et enchâssés dans les murs. Au milieu de la colonnade est placée une petite fenêtre d'un mauvais goût. »

avec celle qu’en fait Pierre Moulier dans son Eglises romanes de Haute-Auvergne, II – La région d’Aurillac paru aux Editions CREER en 2000 :

« Le portail se rattache au type de la région : Saint-Rémy de Salers, Saint-Cernin, Marmanhac, Laroquevieile … Mais le pignon est un morceau de bravoure. Six arcs en mitre soutenus par de petites colonnes à chapiteaux encadrent une baie romane dont l’archivolte retombe sur des têtes d’animaux … C’est encore l’un des plus beaux monuments de la région d’Aurillac, sobre et pur. Par son architecture et son portail il se rattache à un groupe régional … avec cependant un accent d’originalité dans le décor du chevet .»

Lascelle banquette pierreLes six arcatures en mitres aveugles

Comprenne qui pourra ! Chacun se fera son opinion en prenant le temps de faire halte dans ce lieu au riche passé qui, par chance, et malgré le vol inqualifiable commis en 2003, reste ouvert et accessible à tous.

DTF

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