cp

  • 1

La discrétion caractérise cette belle chapelle romane, nichée dans son écrin de verdure au-dessous de Jailhac, commune de Moussages. Arrivé dans le hameau, il faut emprunter le chemin pentu signalé par un petit panneau sur la droite. Après une agréable promenade de quelques centaines de mètres sur ce large chemin qui serpente entre les champs, le site de Notre Dame de Claviers, magnifique et inattendu, s'offre au visiteur.

Jailhac chapelle 7

Quand la légende jaillit de la source

Un jeune pâtre du Jailhac, hameau au sud de Moussages, s’était endormi, sans doute bercé par le son cristallin de l’eau de la source toute proche. Il fut brusquement réveillé par un ange (ou peut-être rêvait-il ?) lui montrant une statue de la vierge posée là, tout à côté, statue qu’il s’empressa de rapporter chez lui où elle fut cadenassée dans un coffre avec toute la dévotion possible.

Quelle ne fut pas leur surprise le lendemain ! Plus de statue dans le coffre ! Ce n’est qu’un peu plus tard dans la journée qu’elle fut retrouvée, à l’endroit exact où elle avait été découverte la veille, à proximité de la source.

Et c’est ainsi, en réponse à ce miracle, qu’une chapelle fut érigée en ces lieux et reçut la visite de nombreux pèlerins venus soigner leurs maux à la source. L'accès à cette dernière se fait par un petit chemin en côte situé juste en face de l'abside de la chapelle.

La chapelle castrale

Le réalité est sans doute tout autre. En effet, selon les historiens, la chapelle de Jailhac est le seul vestige qui subsiste du château de la seigneurie de Claviers, baronnie dépendant des Evêques de Clermont aux innombrables possessions.

Si la date de la destruction du château nous est inconnue, il est quasi certain qu’il s’élevait, en face de bourg d’Anglards de Salers, sur un rocher offrant une vue magnifique sur la vallée du Mars, en contrebas duquel fut bâtie la chapelle.

jaillac DeribierDans son dictionnaire statistique du Cantal, J.-B.De Ribier évoque la légende qui entoure la disparition d’un château de Claviers à Jaillac (Jailhac) dans ces termes :

« Une tradition veut que le château de Claviers ait été incendié par une demoiselle de Claviers, poussée au désespoir par le refus que faisaient ses parents de consentir à son mariage avec un Montclar. Suivant cette tradition, elle aurait péri elle-même dans les flammes qu'elle avait allumées, en cherchant à leur soustraire une cassette de bijoux. Il ne reste aujourd'hui de ce château que des ruines presque imperceptibles. »

Quant à la chapelle, datée des XIème et XIIème siècles, elle est probablement antérieure à 1109. Elle est placée sous le vocable de la Nativité de la Vierge et devint église paroissiale en 1519.

L'édifice

Le bâtiment, de forme rectangulaire (16 m x 7 m environ), se termine par une abside semi-circulaire. Deux contreforts marquent la séparation entre le chœur et la nef. En façade, le mur-clocher présente deux ouïes romanes reposant sur un bandeau.

Jailhac chapelle 5

Le perron en demi-cercle ( XIXème siècle) permet d’accéder au portail, surmonté quant à lui d’un linteau sans ornement.

Jailhac chapelle

La corniche offre au regard quelques modillons inégalement répartis parmi lesquels on devine, peut-être, un chat et une vache ainsi qu’un étonnant personnage tirant sur sa barbe bifide. 

Jailhac modillon 2 Jailhac modillon 3 Jailhac modillon

A l'intérieur, dans une petite niche creusées dans les murs de la chapelle, se trouve la copie de Notre-Dame de Claviers, vierge en majesté en bois polychrome, dont l'original, restauré dans les ateliers du Louvre, est conservé dans l'église toute proche de Moussages. Il s'agit de l'une des plus belles vierges romanes d'Auvergne, André Malraux la qualifia de huitième merveille du monde.

L’ensemble a été inscrit aux Monuments Historiques le 30 janvier 1986.

De l’oubli à la renaissance

Peu à peu, la chapelle sombra dans l’oubli le plus total au point de disparaître sous la végétation avant de redevenir un lieu de pèlerinage au XIXème siècle grâce à la foi et au dévouement d’un homme, François Lesmarie (1817-1877).

CPA Chapelle JailhacA noter une erreur sur la carte postale ancienne, il s'agit de la vallée du Mars (et pas du Falgoux)

Ce dernier, atteint d’une grave maladie (probablement un cancer au visage), sollicita l’intercession du curé d’Ars. Vers 1870, cet homme, extrêmement croyant et se considérant guéri, choisit de vivre en ermite sur le site de la chapelle de Claviers, ce qui lui valut le surnom d’ermite de Jailhac par ses contemporains. Après avoir remis la chapelle et le site en état, il fit fondre, sur ses propres deniers et quelques maigres oboles, une vierge en fonte haute de 4 m qui domine la vallée du Mars puis il entreprit la construction d’un chemin de croix sur le rocher attenant à la chapelle, sculptant lui-même les blocs de pierre aux motifs maladroits, presque enfantins mais tellement émouvants. A sa mort, ne manquaient que les croix sur chacune des 14 stations, elles furent achetées par les villageois. Le Saint de Jailhac repose au sommet du rocher parmi les stations de son chemin de croix.

Chemin de croix 2Chemin de croix Chemin de croixPierre sculptée par François Lesmarie au XIXe Jailhac statue vierge 2Vierge de 4 m de haut érigée par François Lesmarie

La nouvelle de la guérison miraculeuse du Saint de Jailhac se répandit comme un feu de poudre et les pèlerins vinrent en nombre pour implorer les bontés de la Vierge sur le site de la chapelle de Jailhac. De nos jours, un pèlerinage a lieu deux fois par an, le 24 mai et le 8 septembre.

  • CPA-Chapelle-Jailhac
  • Chemin-de-croix-2
  • Chemin-de-croix
  • Jailhac-chapelle-2
  • Jailhac-chapelle-5
  • Jailhac-chapelle-7
  • Jailhac-chapelle
  • Jailhac-grille
  • Jailhac-modillon-2
  • Jailhac-modillon-3
  • Jailhac-modillon
  • Jailhac-notice
  • Jailhac-site
  • Jailhac-statue-vierge-2
  • Jailhac-statue-vierge
  • jaillac-Deribier

Réveillé d’un long sommeil par la foi d’un homme du XIXe, le site de la chapelle Notre-Dame de Claviers ainsi que son promontoire au-dessus de la vallée du Mars sont désormais propices à la rêverie, celle du promeneur solitaire comme celle du pèlerin des temps modernes, à la méditation et à l’introspection personnelle comme à la contemplation d’une nature généreuse et sans cesse renouvelée pour celles et ceux qui se seront donnés la peine d’aller à sa découverte.

* * *

 

Edifices religieux

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7

Territoire | Le patrimoine